« 2007-07 | Page d'accueil | 2008-11 »

26/06/2008

> Trois textes sans fin

Moebius.jpg
moins je dis je t’aime et plus j’oublie de t’aimer alors je le dis beaucoup plus, je t’aime, tous les jours comme un pense bête, mais plus je dis je t’aime plus le mot s’use et plus j’ai l’impression d’une étiquette sans rien, alors j’en viens à le garder secret, pour les grandes occasions, je t’aime, mais moins je dis je t’aime et plus j’oublie de t’aimer alors je le dis beaucoup plus, je t’aime, tous les jours comme…

*

- On, on, on… Laissez-moi tranquille, de toute façon vous allez passer après…
- Bah allez-y franchement alors ! On dirait que vous le faites exprès de prendre tout votre temps.
- Un instant, faut que je me concentre, c’est pas tous les jours.
- Dépêchez-vous il y en a encore plein d’autres derrière.
- Les autres, c’est surtout vous, hein ? Vous avez attendu des heures, et une minute de plus maintenant que vous êtes si près, ça vous reste de travers, vous pouvez pas l’avaler ? En attendant je vous cause et je perds du temps. J’aurais déjà fini si vous m’aviez laissé tranquille !
- …
- …
- Alors ça y est ?
- Ça y est. Au revoir.
- J’espère pas… Adieu… Hé mais vous êtes qui vous, pour vous permettre de me pousser comme ça ? On se connaît ?
- Juste le type derrière. Et c’est bien parce que je vous connais pas que je me permets, rapport qu’y faudrait vous magner un peu, on a pas toute la journée.
- On, on, on… Laissez-moi tranquille, de toute façon vous allez passer après…

*

qui frappe le chien, faut bien que ça passe, qui n’ose pas répliquer mais va mordre le chat qui va pisser de peur sur le lit de la mère qui frappe le père, croyant que c’est lui la cause, lui qui frappe l’enfant, ça le soulage, qui frappe le chien, faut bien que ça passe, qui…

© Sébastien Onze

12/06/2008

> Etre édité

bonnet-creation.jpg

Etre édité ! On a l'impression d'une récompense, d'une consécration, d'une justice rendue : Dieu reconnaît (enfin) mon talent !

Hier, une voisine m’apostrophe au bas des marches de l’atelier d’écriture. Sans avoir jamais participé à un atelier, elle souhaite des conseils. Elle a écrit trois romans. On lui propose de l’éditer à 3000 euros les 150 exemplaires. Elle veut trouver un « correcteur » pour tout remettre en forme parce que certains passages ne sont pas clairs.
J’explique : je ne pratique pas ce genre de services ; certains écrivains en font leur métier, et ce sera soit cher et bien fait, soit cher et mal fait, soit pas cher et mal fait ; dans chacun de ces trois cas il existe un risque pour qu’elle se sente dépossédée de son histoire.

Ce matin, un très gentil mail qui demande :

1 - Quels sont les romans issus de votre atelier ?
2 - Avez vous des contacts avec des éditeurs ?
3 - Et enfin pouvez-vous me citez vos références (romans écrits)
4 - Quel est le but d'un atelier d'écriture et que dois-je y attendre ?
 
PS: Combien de temps me faut-il pour me sentir apte à la rédaction.

 

Je lui réponds par un copié/collé un peu transformé de cette « lettre type » que j’envois environ cinq fois par an :

Bonjour,
 
Nous n'avons aucun contact avec des éditeurs.
 
Un atelier d'écriture est un lieu où l'on prend plaisir à écrire et à se lire des textes. Si l’atelier permet en effet, sur le long terme, d’améliorer son style, ne vous attendez surtout pas, suite à un atelier d'écriture, à être publié.
 
Quant à votre question : "Combien de temps me faut-il pour me sentir apte à la rédaction." écrivez, avant tout, pour vous, pour le plaisir, ou parce que cela vous intéresse, et tant pis si vous ne vous sentez pas tout à fait "apte". L'important est ce qui passe en vous quand vous posez vos mots sur la feuille. Ou bien, si vous destinez vos textes à vos proches (amis, famille...) ce qui se passe de vous à eux à travers ce texte.
 
Etc.

 

Phrase entendue d’un animateur d’atelier à un salon : « C’est fou le nombre de gens qui écrivent des trucs nuls et qui se font pigeonner par de faux éditeurs »
Idée reçue : « qui écrivent des trucs nuls ». Tous, vraiment ? Lire avant de juger : qualitativement, les textes autoédités forment toute une gamme, du franchement mauvais (en nombre, il est vrai) au assez bon, avec une bonne part de textes agréables ou intéressants, dont il suffirait de couper 30% pour faire un bon livre.
Songez alors à ce parallèle : vous acceptez peut-être volontiers d’aller assister à une pièce de théâtre amateur ou semi-professionnelle. Pourquoi condamner ceux qui s’auto-éditent ? Cela fait-il trop orgueilleux ou trop amateur ? Si je lis l’ouvrage d’une connaissance ou d’un ami, j’éprouverai le même plaisir qu’à le voir jouer dans une pièce de théâtre.

Position délicate quand un participant me demande des conseils de publication. Je le prends toujours au sérieux, quelque soit la qualité de ses textes. Mes propres récits d’il y a 10 ans : à pleurer de consternation ! Si l'on m’avait découragé à ce moment là, où en serais-je ?
Ne pas non plus entretenir d’illusions : pour arriver, il va falloir, en général, transpirer comme un fou.
Donc, position de l’entre-deux, à relire, à écouter, à interroger, à nuancer, puis : qu’ils se débrouillent.

Avantage de l’atelier : recadrer – dans l’artisanat, dans l’immédiateté du texte donné à la lecture – l’écriture à sa dimension humaine. Bonheur d’écrire avant tout pour soi, pour les sept autres personnes de l’atelier, et peut-être pour quelques personnes à qui l’on fera lire.

Quant à moi, oui, je vais être très bientôt édité, et je crains / j'espère, que cette perte de pucelage ne va fondamentalement rien changer...