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26/06/2007
> Chansons : appel aux musiciens !

Fini d'empiler des chansons dans la catégorie "poeasy", il y a maintenant une catégorie "chansons" !
Un grand merci, au "passage", à Thézame et Ignatus qui m'ont donné l'envie (et le coup d'oeil critique) de pousser la chansonnette.
Pas de musique pour le moment sur ces paroles. Je cherche des groupes ou des compositeurs. Avis aux musiciens !
Si un de ces textes vous tente pour une mise en musique, merci de m'envoyer quelques compositions personnelles (ou lien myspace) pour que je voie d'abord si nous sommes "sur la même longueur d'ondes".
Je suis aussi prêt à inventer des textes à partir de musiques préexistantes (qui me plaisent) avec ou sans thème et/ou style imposés. Envoyez vos maquettes !
Je rappelle que TOUS les textes de ce blog sont déposés chez Copyright France.com Apparemment, cela n'empêche pas certains de m'en piquer. Une récente petite mésaventure me pousse à mettre les choses au point : je ne suis pas contre la publication sur un blog d'un de mes textes à condition :
- de ne pas le transformer
(un grand naïf croyait que de légères modifications lui permettaient, juridiquement, de prendre possession d'un texte !)
- d'indiquer mon nom.
- de mettre un lien vers ce blog.
- de m'en avertir par mail.
A moins que votre site soit à but lucratif ou que son contenu me déplaise, j'accepterais volontiers !
12:20 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, paroles, sébastien Bonifas, Sébastien Ami
> Métro serré
Nous prenions
La même correspondance.
Sûr, c’était écrit dans nos lignes.
Là, au milieu de la foule dense,
J’aurais voulu être son jean.
Elle est montée Filles du calvaire
Et descendue à Liberté.
Elle m’a dit toi, t’as un drôle d’air,
Suis-moi, j’aime bien les paumés.
(chanté par une fille, ou bien ajouter « Elle a dit : »)
Mon lapin, mon grand voyageur,
Je t’embarque chez moi pour une heure.
Moi j’aime bien, en commun, les transports
Un peu de chaleur, de confort
Ne mets pas tes mains sur mon cœur,
Tu vas te faire pincer très fort.
Lalalala…
Terminus
Dans son appartement.
J’avais la barre d’acier trempée
Grand départ mais petit moment
Chez elle je suis resté à quai.
Depuis, lorsque je vois sur un mur
Etalé, un plan de métro,
J’ai des émotions les plus dures
L’escalator et le cœur gros
Refrain
Parlé (annonce micro) :
La station Gaîté est fermée au public
Pour cause de rénovation.
Veuillez descendre à Convention.
> Pour la poésie d'origine, c'est par ICI.
12:18 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chanson, paroles, sébastien bonifas, sébastien ami
> L’homme d’à côté
Ceux qui aspirent… un peu trop bas
Ceux qui fument avant et après
Ceux qu’on voudrait appeler papa
Ceux qui se rasent d’un peu trop près
Ceux qui le cul entre deux chaises
Aiment courir deux lèvres à la fois
Bons pour la bonne, bons pour la baise
Pour la vaisselle tu repasseras
Ceux qui savent bien rouler les pelles
Ceux qui disent : « Promis, on s’appelle »
Et moi / voilà / je suis…
un peu tout ça / à la fois,
planté,
juste à côté
De toi / qui rêve / d’une vie…
dedans les bras / d’un grand gars,
aimée,
juste à côté
Et surtout pas, pas, pas, pas, pas, pas, pas,
pas, pas, pas, pas, pas, pas avec un de ceux-là,
de tous-là ceux / que tu dis
que tu jures, c’est promis
que jamais tu foutras / dans ton lit…
Ceux qu’ont pas l’air mais qu’ont plus de dents
Pour en bouffer de la vie, aussi
Qui chocolatent à 10%
Ceux qui gardent le pain rassis
Ceux qui serrent les poings dans les poches
Ceux qui s’agitent comme des cloches
Ceux qui carpettent et traînent savates
Qui parabolent télévisuels
Tous ceux qu’ont besoin qu’on les tâte
Pour balancer : « Qu’est-ce que t’es belle… »
Refrain
Ceux qui astigmatent les filles
Ceux qui, collés, divergent… dur
Ceux qui veulent qu’on les déshabille
Ceux qu’ont le costar pour la carrure
Ceux qui les suivent, brinquebalent perdus
Ceux au bord de péter les plombs
Ceux qui se retournent sur les culs
Ceux qui préfèrent les nichons
Ceux qui sortent leur sexe comme un flingue.
Ceux qu’aiment les rideaux pour la tringle
Refrain
12:15 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : chanson, paroles, sébastien bonifas, sébastien ami
> Mode
Si le refrain peut, pourquoi pas, suivre la musique de la célèbre chanson, le reste s’en détache complètement…
Refrain
Savez-vous planter les gens,
A la mode à la mode ?
Savez-vous planter les gens,
A la mode de chez nous ?
On les plante avec les mots,
A la mode, c’est commode,
Connard, PDG, salaud,
Mon amour, mon chien, mon beau,
Mots qui tuent et mots qui nouent,
A la mode de chez nous.
Refrain
On les plante avec les yeux,
A la mode, c’est commode,
Fais voir, toi, t’as l’air heureux,
T’as ta porsche et ton i-pod,
Regards morts et regards flous,
A la mode de chez nous.
Refrain
On les plante avec les dents,
A la mode, c’est commode,
Avec des sourires tranchants,
Des lèvres rouges, oh my God !
Des bisous, des langues, des moues,
A la mode de chez nous.
Refrain 2
Mais ils poussent quand même les gens,
De travers, tordus, les fous.
Mais ils poussent quand même, les autres,
Ils poussent à côté de nous.
Sur les parkings, les ordures,
Dans les fentes des digicodes,
Ils s’aiment dans les voitures,
Car l’amour n’a pas de mode,
Et laisse une odeur de chou
Dans les roses de chez nous.
Et laisse une odeur de chou
Dans les roses de chez nous.
> Pour ceux qui veulent lire la poésie d'origine c'est ICI
10:52 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, paroles, sébastien Bonifas, Sébastien Ami
20/06/2007
> De l'idéal et du concret !

Je (re)bondis sur le débat de la chronique n°30 de Citrouille parce qu’il m’interpelle au plus profond de mon travail d’auteur jeunesse…
Je résume dans les grandes lignes, j’espère ne pas trahir leurs propos : Sophie Chérer se laisse la possibilité de terminer ses romans ados par des fins heureuses, au nom d'un optimisme, d'une sorte de leçon de vie, qu'elle appelle, je pense à tort, « morale ». Madeline Roth, elle, rétorque qu’il faudrait donner des modèles d’existence plus réalistes, des bases, des repères propres à porter le jeune lecteur dans une vie plus véritable.
Mon point de départ sera la réaction, fort intéressante, de Jebbari, parce qu’elle résume un esprit si souvent rencontré dans les débats jeunesse auxquels j’ai assisté.
En simplifiant à l’extrême les propos Madeline Roth et Sophie Chérer dans l’alternative « Rêver ou donner des leçons de morale », Jebbari touche le nœud du problème : pendant ses premières années, la littérature jeunesse, entre Les malheurs de Sophie et Martine à la plage, a emprunté alternativement ces deux voies. Elle s’en est détachée mais reste pétrie, du moins du côté des prescripteurs, voire des éditeurs, de ce regard biaisé.
A cette alternative :
Rêver ou donner des leçons de morale
je préfère une autre polarité, entre laquelle s’inscrit la plupart de mes propres textes :
Entre le modèle idéal positif et le réalisme concret.
La différence entre un rêve et un idéal est que le premier sert à s’évader, à se distraire, là où le second pousse le lecteur dans une identification active. Le point commun entre mes personnages est qu’ils apprennent à communiquer, à entreprendre, à concrétiser leurs aspirations.
La différence entre la morale et le réalisme est que la morale repose sur une affirmation soulignée d’un modèle de vie, une leçon, là où le réalisme constate des rapports de force, l’injustice fondamentale de la condition humaine ainsi que – à moins d’être fondamentalement pessimiste – la beauté de la vie. La morale tranche, le réalisme pose des points d’interrogation. La morale stéréotypie les situations, le réalisme pose une vie en sucré salé.

Aux branches extrêmes de cette polarité on trouve :
Côté modèle idéal positif : les bandes dessinées de super héros ! Les personnages y incarnent des stéréotypes totems d’engagement, de protection, de force, de virilité. Ils remplissent la fonction symbolique dont Bettelheim parle dans La psychanalyse des contes de fées.
Si on trouve peu de romans ados qui incarnent cette tendance à l’état pur – Harry Potter et autres romans initiatiques proches du conte possèdent aussi une dimension réaliste de confrontation à un quotidien et à des sentiments contradictoires – les récits pour plus jeunes abondent, pour leur part, en modèles référentiels dynamiques. C’est là où il faut éviter, je pense, de poser des règles générales, comme Jebbari : « Mon commentaire ne concerne pas la littérature pour ado mais la littérature Jeunesse au sens large. » Si l’enfant a besoin de se réconforter au contact de princesses, de chevaliers et de dragons à terrasser, l’adolescent a de plus en plus envie de retrouver, dans ses lectures, un univers qui le rapproche de son vécu, de ses émotions plus nuancées.
Côté réalisme concret « pur » : cette fois, la littérature pour ados abonde de romans jalonnés de points d’interrogations, sans repères précis pour le lecteur, voire sans issue positive. On remarquera que ces romans concernent, en général, un lectorat assez mûr, plutôt des lycéens. Pour ma part, je dévore les récits de Jean-Noël Blanc, plutôt salés que sucrés d’ailleurs. Ses nouvelles et romans pulvérisent les derniers remparts de l’enfance, mordent les rêves jusqu’au sang. Et tant mieux. N’est-ce pas, au fond, ce que l’on vit au passage à l’âge adulte ?
Donc, tout est question d’âge, de lecteurs, de variété aussi : un jour à grignoter un Chair de Poule, le lendemain à s’arracher le cœur sur un Fil de fer la vie (Jean-Noël Blanc), le surlendemain dans un état intermédiaire, plongé dans Maïté Coiffure (Marie-Aude Murail), l’ado n’attend pas d’un seul livre qu’il le rassasie !

Est-il possible que les prescripteur et les éditeurs, n’étant pas eux-mêmes des enfants, lisent les textes certes avec leur cœur, mais aussi à travers un filtre conceptuel de ce que doit être un bon récit jeunesse ? Très franchement, tout cela m'échappe...
Aussi, je me méfie des gens qui condamnent certaines histoires au nom d’un modèle personnel de ce que doit être, ou non, la littérature jeunesse. Aussi, j’en ai mal au ventre lorsqu’un éditeur me refuse Gros Malin parce que le personnage principal, un jeune obèse, se montre agressif. Au nom de quoi les héros devraient-ils être à tout prix positifs ? Au contraire, mon personnage se situe justement dans l’entre-deux :
Un modèle idéal positif parce qu’il apprend à se remettre (un peu) en cause, à se sortir de l’adolescence, à en finir avec ses idées toutes faites, à accepter enfin de recevoir quelque chose des autres.
Un réalisme concret parce qu’un gamin qui a l’habitude d’être malmené ne se montre pas forcément gentil, développe des défenses, un regard acerbe sur le monde, prend de la distance, doit nécessairement réapprendre l’amour.*
Dans le même ordre d’idées, les éditions du Rouergue, dont j’adore le modernisme et l’engagement dans une littérature à la fois décalée et engagée, viennent de me refuser Les Papiers du cœur (album qui traite du départ, en classe, d’une fille de sans papiers). S’ils semblent avoir savouré le côté positif (l’alternative que je pose à l’injustice sociale est la fraternité locale : aimons-nous d’abord les uns les autres, par-dessus les lois !) l’un de leurs reproches porte justement, il me semble, sur l’aspect réaliste : « Nous avons apprécié que vous n'adoptiez pas un ton par trop moralisant ou didactique. Il nous a semblé cependant que le texte […] aurait gagné à être moins explicite afin de laisser plus de place à l'interprétation du lecteur. »
J’ai pourtant l’impression de brosser la situation dans une simplification extrême, comment être moins explicite ? Et, si un terme comme « Patrie » effraie un peu à 7 ans, un livre n’est-il pas l’occasion de poser des questions à ses parents ou d’ouvrir des portes à certaines interrogations qui ne trouveront de réponses que bien plus tard ?
J’avoue, en définitive, que je ne comprends pas le motif « laisser plus de place à l'interprétation du lecteur » S’agit-il de suggérer encore plus la situation, au risque de la rendre incompréhensible aux jeunes lecteurs ? Ou bien, comme je le crains, se situe-t-on là encore dans ce faux débat entre faire rêver ou heurter le lecteur ?
Les Editions du Rouergue viennent de me répondre à cette question. J'ajoute donc ce paragraphe deux jours après. Leur réaction a le mérite de nuancer et d'enrichir le débat. Je tenterai de résumer leurs propos en les inscrivant avec mes mots, pourtant sans les trahir, du moins j'espère... :
Un texte moins "explicite" n'a pas lieu d'être pour susciter un rêve ou pour éviter de heurter le lecteur. Simplement, il incarne une force : "il est parfois plus percutant de laisser le lecteur lui-même comprendre le sens sous-jacent", de laisser des blancs interprétatifs que le lecteur investira "de son intelligence et de son imagination". Mon interlocutrice appuie ses propos sur deux terrains :
- celui de la complémentarité image / texte. Le texte ne saurait tout donner au lecteur, l'illustration vient enrichir, compléter, créer un dialogue avec l'image. Donc, un texte explicite laisse peu de place à la parole de l'image.
- celui du texte en lui-même qui, s'il est trop explicite, éveille moins le lecteur, qui l'investi alors peu.
Je suis complètement d'accord avec elle, mais je pense que ce n'est pas la seule façon de procéder. Voici des extraits de ma réponse :

* Note à propos de Gros-Malin : si le processus d’identification du jeune lecteur au personnage principal est, à mon avis, essentiel, il ne passe pas seulement par le côté « héros positif » (je souhaite être ce personnage dans ses qualités donc je l’aime).
Or, la politique actuelle de publication (et l’auto-censure des auteurs) privilégie ce rapport de l’enfant à un héros sublimé, qui lui ressemble en plus courageux, malin, fort… On se situe dans la logique publicitaire de base du consommateur présenté dans les affiches, en miroir déformant, comme un demi-dieu. Et pourquoi pas, en effet, des héros modèles ? Mais de là à ne privilégier que cette alternative ? En sommes-nous arrivés à l’ère absolue de la Star Academy ?
Publie-t-on beaucoup de livres jeunesse sans personnages enfants (ou petits animaux) ? Ou bien dans lesquels les héros montrent de grands défauts (si ce n’est pas pour les « corriger » à travers une leçon de morale) ?
Dans l’alchimie de l’identification, deux phénomènes s’ajoutent à celui du « héros positif » :
- Le « héros négatif » possède peut-être par ailleurs certaines qualités (qui en font, aussi, un « héros positif ») mais se montre inférieur au lecteur dans un domaine. Il est peureux, naïf, mal dans son corps… Harry Potter, du moins celui des livres, est le type même du héros peu dégourdi, limite imbécile, manipulé d’un bout à l’autre, et qui ne se montre entreprenant que si on l’y pousse. La supériorité ressentie par le lecteur sur le personnage crée un sentiment d’attachement. Harry, on a presque envie de le prendre dans ses bras, de lui dire ce qu’il devrait faire, ou de lui donner deux baffes !
- Un phénomène encore plus important est que je m’identifie à un personnage avant tout à travers la situation dans laquelle il est plongé. L’un de mes livres d’enfant préféré racontait l’histoire d’un vieux marin seul sur une île déserte. Une tempête arrive, emporte sa pauvre cabane, puis laisse un bateau sur le rivage. Un bateau peuplé de chats ! Dans cette histoire, aucun héros de mon âge, et pourtant une identification à la détresse du vieil homme, à sa peur de l’orage, à sa joie de trouver des chats.
Conclusion des deux précédents points : à partir du moment où je présente le héros de Gros Malin comme maladroit, mal dans sa peau, différent et rejeté, peu importe qu’il ait un caractère de tête de mule : le lecteur se sent concerné !
> Gros Malin
> Les Papiers du Cœur
Pour mes autres articles sur la littérature jeunesse (dont certains toujours sur ce même thème : pour une littérature jeunesse positive de la cruauté !) voir ICI
Pour l'intégralité de mes histoires jeunesse c'est ICI
11:45 Publié dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature jeunesse, sébastien ami, roman, album, jeunesse
16/06/2007
> Consultants

Un directeur fait venir neuf consultants. Il leur dit :
– Notre société, autrefois florissante, se trouve aujourd’hui proche du dépôt de bilan... Vous êtes tous d’éminents consultants, chacun dans votre spécialité, et je ne sais lequel choisir pour m’aider à y voir plus clair. Aussi, je vais vous faire passer un test. J’embaucherai celui qui trouvera la solution la plus efficace…
Le directeur présente quatre objets sur une table : une petite cuillère, une boule de pâte à modeler rouge, une paille et une passoire.
– Vous viendrez tous, l’un après l’autre, dans la pièce d’à côté. Il y a là une baignoire remplie d’eau à raz bord. Vous avez à votre disposition, pour vous aider, ces quatre objets. Le problème est de vider la baignoire… Comment allez-vous vous y prendre ?
Toi, lecteur, tu es arrivé un peu en retard. Tu t’es assis au bout de la rangée. Tu es le neuvième consultant. Et tu te demandes : qu’est-ce que je vais faire pour résoudre ce problème ?
Prends le temps de réfléchir.
Ça y est ?
Déjà, le premier consultant entre, puis se saisit de la pâte à modeler et façonne des poissons qu’il disperse dans l’eau. Il déclare :
– Il faut aller à la source du problème pour le reformuler sous un autre angle, moins impliquant. Maintenant que cette baignoire elle devenue un aquarium, vous ne souhaitez plus en vider l’eau, non ?
Le directeur ne répond pas et fait entrer le second consultant. Ce dernier s’empare de la passoire, en bouche les trous avec la pâte à modeler, puis plonge en entier dans la baignoire, la passoire dans une main, la petite cuillère dans l’autre. Il agite tant ses bras que la baignoire est vide en dix minutes à peine.
– Alors, j’ai le poste ? demande le consultant.
– Votre costume est trempé… lui répond simplement le directeur.
Le directeur remplit à nouveau la baignoire d’eau avant de faire entrer le troisième consultant. Ce dernier évalue l’objet dans sa profondeur, sa largeur, sa longueur, puis déclare :
– Il faudrait vendre la passoire. C’est une belle passoire, non ?
Et c’est, en effet, une belle passoire.
– Vous pourriez placer l’argent gagné en banque, pour le faire fructifier.
– Et la baignoire ? demande le directeur, fort intrigué.
– Cela vous permettra, à terme, d’acheter une pompe hydraulique. Ce genre de pompe, d’après une première estimation, pourrait vider une baignoire de ce type en approximativement deux minutes.
Le quatrième consultant jette à peine un œil à la baignoire.
– Pourquoi voulez-vous la vider ?
– Pour vous faire passer un test.
– Mais quelle est votre raison profonde ? Qu’est-ce qui vous motive dans cette action ?
– Trouver le meilleur consultant.
– Pensez-vous qu’il s’agisse de la meilleure méthode ?
Ils discutent ainsi une heure durant. Quand le consultant quitte la pièce, la baignoire est toujours pleine.
Le cinquième consultant s’assied au bord de la baignoire et commence à boire l’eau avec la paille. Il aspire un long moment, tant que le niveau de l’eau descend un peu.
– Voilà, je n’ai plus soif.
– Mais la baignoire n’est pas vide…
– Si vous me permettez… il faut investir des moyens à la hauteur de vos exigences. Engagez dix hommes avec dix pailles et votre problème sera résolu dans la journée. Je suis prêt à assurer le travail de la motivation d’équipe.
Le sixième consultant observe la baignoire ainsi que la fenêtre ouverte, à côté. Puis s’assied tranquillement en face.
– Que faites-vous ? lui demande le directeur.
– J’attends. L’eau va s’évaporer progressivement et tout sera résolu. Pourquoi s’acharner sur un problème qui disparaîtra avec le temps ? Mieux vaut concentrer ses actions sur d’autres priorités. Alors, vous me donnez le poste ?
– Je crois que vous allez continuer encore un peu à attendre… répond le directeur.
Le septième consultant trempe son doigt dans l’eau tiède puis se déshabille et entre dans la baignoire.
– Vous prenez un bain ? demande le directeur, un peu gêné de voir, pour la première fois de sa vie, les attributs d’un consultant.
– Je vais être sincère : je n’ai absolument aucune idée sur la façon de résoudre ce problème, mais l’eau est bonne. Vous avez du savon ?
Le huitième consultant se contente d’éteindre la lumière puis dit :
– Voilà ! Votre problème est résolu.
– Comment ? l’interroge le directeur. Mais la baignoire est toujours pleine d’eau !
– D’eau ? C’est tout au plus un peu d’humidité au fond…
Au ton affirmatif du consultant, le directeur se prend à douter.
– Elle est vide ?
– Vous sentez quelque chose ?
– Ça sent… l’humide.
– Vous voyez : juste un peu d’humidité. Votre baignoire est vide !
Il ne reste plus qu’un consultant. Vous pénétrez dans la pièce. L’eau de la baignoire est froide à présent. Vous y plongez la main et tirez sur la bonde… Le directeur sourit enfin.
– Je crois que nous allons pouvoir travailler ensemble.
19:55 Publié dans Court toujours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, entreprise, consultant, sébastien bonifas, nouvelle
15/06/2007
> Surprise

Elle m’avait conduit dans le jardin, en face du massif de buddleias. J’ai regardé les grappes de fleurs violettes fanées. Je n’ai pas vu tout de suite en quoi consistait sa surprise. Elle se tenait derrière moi, je sentais ses mains s’agiter sur son tablier de cuisine, avec impatience.
– Eh alors, tu ne vois rien ?
Jean-Philippe, comme toujours au pied de la plante, entre les pierres. Trop habitué à sa présence, j’avais mis du temps à réaliser l’horreur de ce qu’elle lui avait fait.
– Tu… as lavé le nain ?
– Flambant neuf ! Regarde comme ça brille. L’a fallut astiquer, je te jure, la moisissure, parce qu’avec la gratounette, ça enlevait aussi la peinture. Alors je l’ai mis à tremper la nuit, et puis au savon de Marseille et à l’éponge, et pas de main morte, une demi-heure… Bon anniversaire mon amour !
Tout elle, ça. Ses cadeaux d'anniversaire consistaient chaque année à faire quelque chose : ranger mon atelier, cirer mes dix paires de chaussures, trier et présenter mes photos dans un album… J’avais toujours remercié d’un baiser mouillé de reconnaissance.
– Quelque chose ne va pas, mon cœur ?
– Tu es complètement folle.
La conne a sourit. Elle dansait des mains, sans doute l’envie de me prendre dans ses bras.
– Folle de toi !
– Vingt ans… Ça fait vingt ans qu’on a Jean-Philippe et toi tu…
Comment lui expliquer – et pouvait-elle un jour comprendre ce genre de choses ? – qu’un nain, ça se vieillit, comme le vin, des années de patience avant qu’il fasse corps avec le jardin, se patine de terre, couleurs passées au soleil, paré de lichen, de moisissures, de chiures d’insectes.
J’ai pris Jean-Philippe dans les mains. Son bonnet rouge luisait au soleil. Son sourire franc laissait voir une rangée de belles dents blanches.
Je lui ai enfoncé dans la gorge. Elle s’est débattue un peu sur le gazon, des mains surtout. Mais, à force de m’acharner, le nain y est passé en entier.
11:05 Publié dans Court toujours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, meurtre, amour, sébastien ami, sébastien bonifas
14/06/2007
> Piégé !

Je ne savais pas qu’on jouait à chat. Bon… Je vais courir après les autres, on verra bien.
Les règles :
La personne taggée décrit 7 choses sur elle même sur son blog, ainsi que le règlement. Elle doit ensuite tagger 7 personnes (ou moins !) et les énumérer dans leur blog. Puis laisser un message sur leur blog en indiquant qu'ils ont été taggés et les invitant à venir sur votre blog.
Donc, je dois décrire 7 choses sur moi-même puis passer le relais à d’autres blogs que j’admire… Trop vaste ! Par paresse, je vais reprendre l’idée de Lina, d’utiliser le fameux questionnaire des Inrocks... Les questions font un peu froid dans le dos mais pourquoi pas ?
Quand êtes-vous déjà mort(e) ?
Deux fois. A travers des gens très proches, des parties de moi. C’est toujours désagréable de devoir se couper un bout du corps. Le deuil, on meurt par morceaux, sans doute pour s’habituer à la finale ? Peu de films ou de bouquins traitent vraiment bien de la mort de ceux qui restent. Le deuil, c’est un mélange : colère et soulagement, incompréhension et sentiment de toucher du doigt l’essentiel, suicide personnel et furieuse envie de faire l’amour...
Que sont devenus vos rêves d'enfant ?
Mon secret : je garde toujours au fond de moi ce que la psychiatrie appelle la « pensée magique », cette impression qu’il suffit d’y croire très fort pour que tous ses désirs puissent se réaliser. Tout ce que tu peux imaginer est possible… C’est aussi cela, l’écriture, la recréation (récréation ?) du monde. Je ne désespère pas un jour de savoir voler…
Vous manque-t-il quelque chose ?
J’utilise mon joker !
A quoi avez-vous renoncé ?
On a droit à deux jokers ?
Non ?
Bon…
J’ai renoncé à attendre. A croire que les gens peuvent te donner, tout de go, le meilleur d’eux-mêmes. Faut les pousser, les réveiller, les secouer un peu. L’amour, au sens large, n’est pas un sport de hamac. J’ai passé des années à attendre, tranquille, je ne sais quoi des autres et des choses. A attendre le fameux « incident déclencheur » par lequel débute la plupart des histoires. Mais la vie n’est pas un roman, ne fonctionne pas comme ça : la chance, l’occasion, la relation, faut aller l’empoigner.
Que vous reproche-t-on ?
On nous avait dit, dans une formation pour un entretien d’embauche : « Si on vous demande quel est votre principal défaut, répondez par un défaut qui puisse être aussi une qualité, en affirmant par exemple que vous êtes trop perfectionniste. »
En fait, c’est ça, je suis trop perfectionniste...
Sous quelle forme aimeriez-vous revenir ?
Un truc à poils, chat sauvage, renard, panthère, koala… à voir en fonction du stock de mon karma. En fait, tout sauf un chien.
Rédigez votre épitaphe.
Je laisse le choix à mes héritiers :
Soulagé
Enfin tranquille.
Courageux
Réveillez-moi, je n’ai pas encore fini mon roman.
Minable
Je voulais mon nom sur une couverture, mais pas en pierre.
Amical
A très bientôt…
Si c’est au Père Lachaise
Jim Morisson c’est en face, mais je veux bien une fleur moi aussi.
Dans un cimetière à l’anglaise, une tombe en forme de banc
Ici, aire de pique-nique pour amoureux.
Au Panthéon (sait-on jamais)
Au secours !
Sur une place de village
Aux écrivains inconnus disparus dans leurs manuscrits.
Lunargile, parce que j’aime sa grande gueule de femme foudroyée, qu’elle cuisine des mots crus à en crever de rage et de tendresse.
Quand Pierre Duys nous emmène au bout des routes, c’est sociétal, viscéral, nostalgique, déstabilisant, parfois intellectuel, toujours humain.
Thierry Lenain, j’ose presque pas, surtout depuis que j’y ai dit que j’ai voté orange… Mais bon, il a l’air gentil... Et puis, un type qui écrit pour les enfants, ça mord que les adultes, hein ? Il paraît qu'il hiberne en ce moment. Avec un peu de chance, il oubliera de répondre...
Un troisième blog en jeunesse et j’arrête là : les correspondances de Véronique Massenot, en toute simplicité, parce que oui, moi j’aime aussi les petites fleurs, les poissons, et les timbres postes…
J’aime aussi les éclats du quotidien de la fée du CDI de doc-doc. J’ouvre son blog, un peu de vent frais entre. Au loin, le brouhaha d’une cour de récré…
Je finirai par Elleaudit, qui vous interpelle à coups de petits mots de toutes les couleurs. Il me semble avoir déjà vu sa trombine dans la vraie vie en vrai mais… où ça ?
18:15 Publié dans On ze net | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
13/06/2007
> MERCI !

Je viens de jeter un oeil aux statistiques et je réalise que vous êtes maintenant entre 250 et 300 à venir lire ces pages chaque jour ! Pour un blog que je n'alimente qu'une à deux fois par semaine, ça fait chaud au coeur...
Donc un grand merci au passage. Ceci est ma 195ème note et, grâce à vous, je ne compte pas en rester là !
Petite réflexion : je sais bien que mes articles se prêtent peu souvent aux débats, mais n'hésitez pas à y aller de vos commentaires, et pas seulement avec la brosse à reluire ;-) J'aurais moins l'impression d'être face à des lecteurs invisibles et c'est aussi cela un blog : un lieu de vie dont VOUS êtes le héros.
10:25 Publié dans Mal chronique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris
> Reconnaissance connaissance naissance sens

Cette petite question qui revient, un pincement :
« Et tu es publié ? »
Non, pas encore, presque…
En dehors de mes douze textes envoyés aux éditeurs jeunesse, j’ai de nombreux projets en cours. J’avance de front sur une dizaine de textes (un scénario, quelques romans, deux pièces, des recueils…)
Je lis de même. A la tête du lit, une pile de bouquins, tous en cours, dont j’avale quelques pages au gré de mon humeur.
Problème : je passe dix fois plus de temps à finaliser dix textes ! Sans parler de la perte d’énergie à passer de l’un à l’autre, à me rebrancher sur le rythme, l’inspiration d’une histoire particulière avant, à nouveau, de zapper. Dispersion ? Il ne me semble pas être le seul à écrire sur autant de projets à la fois. C’est usant. J’aimerais pouvoir me fixer. Je cherche les raisons…
A la manière de San Antonio qui écrivait ses histoires plus « adultes » sous le pseudonyme de Frédéric Dard, je peux diviser facilement mes textes en deux catégories : les distrayants et les profonds.
Les « profonds » puisent à la source de mes songes. J’y retrouve sans cesse les mêmes motifs, sortis de mon sac à dos : quelques cartons ondulés, une femme fer mains de velours, un enfant mort, une maison en trompe l’œil, des mots impossibles à dire, un secret réfugié dans l’ombre... Je peux porter un profond sur plusieurs années sans me lasser. Je l’abandonne, y reviens, l’abandonne encore, non pour la difficulté qu’il représente, mais pour le laisser mûrir, pousser en dehors de moi. Quand un passage veut sortir, je le ressens, il est là, ne vient pas forcément tout seul dans la main, je vais parfois le cueillir au bout d’une page de mots inutiles, mais il vient.
Les « distrayants » me divertissent, une forme de jonglage. Ces histoires ne sont pas pour autant faciles à sortir, loin de là. L’intérêt y est souvent, au contraire, de me défier à quelques acrobaties. Je m’y sens comme un gosse construisant un château de cubes en déséquilibre. La véritable histoire d’Ulysse m’a beaucoup fait rire mais j’y suis revenu de nombreuses fois, trop de contraintes ! De même, j’écris 32 versions de l’histoire du petit chaperon rouge par petites touches (j’en suis à la vingtième…) L’énergie que je lance dans les textes « distrayants » s’épuise rapidement. Si je m’acharne, je tourne en rond, dans les mêmes trucs : le temps entre deux prises renouvelle l’intérêt.
Etrangement, l’essence de l’inspiration, la motivation du stylo, si elle est moins forte que pour les textes profonds, n’en reste pas moins essentielle. Il y a pour moi dans l’Odyssée et le Petit Chaperon rouge des émois d’enfance à jamais indélébiles. Je n’aurais pu écrire Gros Malin sans cette part de moi qui – pour une raison qui ne regarde que mon psychanalyste ! – vibre avec le thème de l’obésité.
J’ai tenté plusieurs fois d’écrire simplement en utilisant des motifs glanés dans ma vie, avec ce que je connais : rompu avec les techniques de marketing (j’anime aussi des formations en entreprise), j’ai imaginé les appliquer aux échanges amoureux. Le plan de ce projet est clairement défini, j’ai mille éléments prévus, de quoi remplir facilement un petit traité de 100 pages qui fera, je l’espère, un carton… Mais cette diablesse d’inspiration me pousse dans des sujets plus personnels. Il faudrait, pour ce genre de projet, me bloquer une semaine à la campagne pour n’écrire que cela, en bon écolier !
« Et tu es publié ? »
Non, pas encore, ça pousse.
Ma mère morte, je n’ai plus cette immense porte fermée sur la réalisation, la finalisation, à travers un livre. Le plus difficile maintenant, c’est d’amasser autant de pages dans le vide. L’impression de rêver un voyage, sans preuve tangible de l’existence de la destination. Il me faudrait la confiance de ce petit objet de papier, portant mon nom en couverture, sur le coin de ma table…
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