29/07/2007

> Samuel

Ce matin j’ai voulu écrire
une chanson bien dégeulasse
un truc engagé, à vomir
les friqués et la lutte des crasses.

Mais vl’a que le jeunot s’est pointé
Avec son bol de céréales.
Ma belle révolte s’est tailladée,
Le bonheur est antisocial.

J’ai pas trop le cœur à sortir le colt.
Y’a bien trop de soleil qui m’escorte.
J’ai la guitare à cent mille volts,
Et la voix de plus en plus forte.

Il a 3 ans et moi 33,
c’est presque la même chose tu vois.
Un jour moi aussi je serai grand.
En attendant, je fais semblant.

On a fait main basse sur les squares.
On s’est tatoué des malabars.
Tous les deux on est les plus forts.
Si t’y crois pas, t’es un homme mort.

Quelquefois il sort son chewing-gum,
il se le roule dans les pognes,
il m’dit : « Regarde, j’ai les mains qui collent
comme Spiderman, je grimpe sur l’école. »

Il m’a appris la peur de rien,
à lasser mes pompes le matin,
parce qu’avant je marchais à côté.
Laissez passer, je suis le chat butté !

J’ai essayé le toboggan,
je suis resté coincé dedans,
il est possible que je sois trop grand.
En attendant, je fais semblant.

On s’est inventé des gros mots,
il m’a traité de flaque d’eau,
de colle molle, de petit zizi,
de salopette, de Sarkozy.

Il m’interroge sur les poulets,
pourquoi qu’on tue pour les manger ?
Et pourquoi le monsieur vit dehors ?
Je risque mes mots, kekfois je m’en sors.

Il m’a appris à parler… bien
à m’accorder, en musicien,
parce qu’avant je mettais des disques.
Ecoutez-voir, je suis un artiste !

Plus tard je serai chanteur, auteur,
Une star des mots, crooner, crâneur,
plus tard, quand je serai grand.
En attendant, je fais semblant.

Un jour il me dépassera, logique,
je peux rien contre la génétique.
Même avec des vêtements trop petits,
son corps pousse comme il a envie.

Il me présentera une demoiselle,
des seins à te faire pousser les ailes.
J’aurai envie de lui mettre des crosses
à cette pouffiasse qui me vole mon gosse.

Mais je lui dirai bienvenue, entrez,
parce qu’il m’a appris à aimer.
Il peut faire ce qu’il veut l’ingrat,
je m’en fous, je serai toujours son papa.

Il a 3 ans et moi 33,
c’est presque la même chose tu vois.
Un jour moi aussi je serai grand.
En attendant, je fais semblant.

09/11/2006

> Pause poésie

Par envie de quelques rimes
Me suis rendu au distributeur.
Derrière la vitre
Enchâssés sur les spirales métalliques
Les mots prêts à tomber :
Amour Toujours
Vie Envie
Nu inconnu
Femme Âme
Soir Noir
Toile Etoile
Amant Firmament
Ailes Eternel

Et quelques nouveautés promotionnelles :
Kopeck Australopithèque
Callipyge Tige
Indicible Inaccessible

Que du trop sucré
Mauvais pour mon régime.
Alors j’ai soufflé
Dans la fente
Et d’une spirale vide
Un rien est tombé
Qui ne rimait avec rien.
Suis parti content.

25/10/2006

> Puits

Papa boit. Lulu l'a foutu à la rue.

Tu pues, tu pues, tu pues.

La nuit, papa pisse dans le puits, puis s'endort.

Il signe ainsi sa vie, du bruit de son pipi.

Puis s'endort dans les buis.

J'imagine, puisqu'il en est ainsi, que la lune est jaunie

en bas

au fond

du puits. 

07/09/2006

> Mon rêve familier

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Je fais souvent ce rêve insipide et barbant
D’une femme habituelle, que je lime, qui m’élime
Et qui a, chaque fois, toujours la même mine
Baillant de temps à autre, je la prends, elle attend.

Car c’est sûr, elle attend, et mon corps, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon vit blême,
Elle seule les sait amollir, en ronflant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Ne sais plus.
Son nom ? Cela, nous le partageons, tout au plus
Comme ceux des époux que la mairie lia.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, nerveuse, et proche, et aiguë, elle a
L’inflexion des voix amères à qui l’on dit « tu ».

 

Mon rêve familier, l'original de Paul Verlaine, est ici.

La photo est d'Alain François (photos parfois décalées, aux sentiments troubles, qui sont d'excellents déclencheurs d'écriture...)

23/08/2006

> J'écris ton nom

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Sur mes cahiers d’écolier
Sur les pages télévisuelles
Sur les pages de mon e-mail
J’écris ton nom

Sur les camions surgelés
Sur les allées supermarchés
Sur les façades super branchées
J’écris ton nom

Sur les magazines glacés
Sur les sourires forcés
Sur les T-shirts délavés
J’écris ton nom

Sur mon milk-shake Eurodisney
Sur mes Nike air-conditionnées
Sur mon Manix préenroulé
J’écris ton nom

Sur les pensées autonomes
Sur les airs qu’on fredonne
Sur les chemins de l’homme
J’écris ton nom

Et par le pouvoir des mots
Je recommence mes envies
Je suis né pour te reconnaître
Pour te consommer
Publicité

 

Le poème original est ici
Et j'en profite pour mettre un lien vers Casseurs de pub

23/02/2006

> Jours de rêve

L’un dit qu’il travaille avec sa femme, face au port.

Marre dit-il, parce que moi j’ai toujours le mal de

Mer. Creux dit-il, un creux dans l’estomac me mord.

Je dis à ma femme, faudrait tout quitter, nous deux.

Vendre ? dit-elle, tu veux ? Que serons-nous demain ?

Ça me dit, oui, il dit : du temps pour notre amour.

Dimanche, je ferai la manche. Me donneras-tu la main ?

Au lieu d’aller bosser tous les jours, tous les jours,

Tous les jours.

 

Cette poeasy possède une étrange particularité. Voyez-vous laquelle ?

Je voudrais savoir si ça saute aux yeux tout de suite pour tout le monde ou pas...

Les commentaires vous sont ouverts !

03/01/2006

> Pas

Ma première poésie vidéo :


Le texte :

 

On se souviendra du vent et du soleil.

On oubliera les nuits de lassitude.

On aura pris des photos

Pour garder le sourire des gens, leurs yeux, leurs bras.

On se sera habillés bleus comme le ciel,

Habillés et déshabillés,

Et lavés, coiffés, rasés de près.

Oh mon amour, j'aime t'embrasser quand ta bouche sent le dentifrice.

Habillés et déshabillés.

 

Quand je serai grand dit l'enfant,

Quand je serai grand dit le père,

Je partirai dit l'enfant,

Je serai de moins en moins seul dit le père.

Car je vous mangerai,

Je vous mangerai tous d'amour,

Je vous mangerai comme mon père et ma mère m'ont mangé.

Je vous aspirerai,

J'avalerai l'air de vos paroles,

Et je vous entendrai encore

Dans mon estomac.

Puis je vous soufflerai.

Des nuages à vos formes sortiront de ma bouche.

Je pourrai presque vous toucher du bout des doigts,

Mais j'arrêterai mon geste pour ne pas vous froisser.

Qui m'aidera alors à porter mon bonheur ?

 

Aujourd'hui je vous vois d'en bas,

Ombres plates aux mains plates,

Enduits de crèmes, protégés de carapaces.

Le soleil est-il si fort ?

Le vent est-il si froid ?

Pourquoi n'ouvrons-nous pas la bouche pour crier ?

Avons-nous peur d'avaler du sable ?

Nous-nous accrochons au rocher, avec des précautions d'aveugle.

Nous-nous demandons si l'eau est bonne, si le vent va tourner.

Mais le vent ne tourne que les pages d'un livre abandonné sur une serviette.

Le vent joue à la toupie avec les parasols.

Le vent toujours nous soufflera.

 

On se souviendra de nos pieds,

On se verra marcher, marcher encore.

Maman, c'est loin la mer ?

Marcher dans ta main,

Se brûler au sable piquant.

Peser de tout son poids,

Chaque pas un peu plus profond.

Enfin sentir l'eau monter,

L'écume dans les empreintes,

Y voir le ciel à l'envers.

Et plonger dedans toi.

Se laisser prendre autour.

Dans tes bras des vagues.

Tourner.

Tourner.

Tourner.

 

Puis sortir, à nouveau,

Echouer sur le rivage et tendre la main

A celui-là qui dit

Quand je serai grand.

A celui-là qui veut son lait,

A celui-là qui piétine ce que père a fait,

A celui-là qui coupe la parole,

A celui-là qui mangera bientôt seul,

Qui s'habillera bleu comme le ciel,

S'habillera et se déshabillera seul,

Et lavé, coiffé, rasé de près,

Qui fera ses empreintes à lui, à côté des miennes,

Bâtira ses murs en travers des miens,

A celui-là qui me donnera sourire, yeux et bras,

A celui-là qui me mangera à son tour,

De tout son cœur,

Qui un jour me donnera encore la main,

Cette fois pour me servir de guide.

 

Un deux trois terre je joue encore.

Du premier cri au dernier.

Du jour où je ne sais pas marcher au jour où je ne sais plus.

Du jour au lendemain.

Je vais à l'océan et j'en reviens.

Et je crie à tue tête,

Je crie à tous les vents,

Qu'à jamais,

A jamais je serai vivant.

 

11:20 Publié dans Poeasy | Lien permanent | Envoyer cette note

06/12/2005

> Ceux

Ceux qui font du foin pour le nid

Ceux qui pelotent d’épingle

Ceux qui aspirent trop bas

Ceux qui fument avant et après

Ceux qui brinquebalent perdus

Ceux qui aurorent boréals

Ceux qui posent les poings dans les poches

Ceux qui tréma sur les i

Ceux qui sulfatent d’argent

Ceux qui pètent les plombs

Ceux qui soude-caustiquent

Ceux qui mastiquent encore

Ceux qui traînent savates

Ceux qui pères sévères

Ceux qui paradisent

Ceux qui terre-promisent

Ceux qui je t’aime je t’aime je t’aime

Ceux qui double-mentonnent

Ceux qui tranchent sourire

Ceux qui déodorancent

Ceux qui rasent de près

Ceux qui lacrymalent

Ceux qui margueritent

Ceux qui fœtalent

Ceux qui couchent sur le papier

Ceux qui se mouchent en soie

Ceux qui choucroutent garnis

Ceux qui chocolatent à 10%

Ceux qui astigmatent les filles

Ceux qui divergent dur

Ceux qui parabolent télévisuels

Ceux qui se murent des lamentations

Ceux qui hésitationnent entre deux chaises

Et celles

Toutes celles qui se cherchent un mari.

12:35 Publié dans Poeasy | Lien permanent | Envoyer cette note

05/11/2005

> Flash ball danse

Un petit rap pour changer…

 

Flash ball danse, en transe

La flicaille fait la fête, ta fête

Lache les gazs, effet surround

Viennent te chercher à la mosquée

Pas de bol si t’es bronzé

Ils t’emmèneront en boîte

Sous le palais de justice

Toutes les nuits gratis

On va bien s’éclater

Simple formalité

 

Dans ce climat d’insécurité

Je n’ai qu’une question à me poser :

Qui me protègera de la police ?

Qui me protègera de la police ?

 

Pas de papier, pas de détail

Tirer dans la masse, quelle classe

Ce soir ça va boumer dans les cités

Car les flics – aïe ! – aiment le feu

N’attendent qu’une chose, les bleus :

Que t’allume une bagnole pour te réchauffer

Ils s’allument un rebeu pour le faire danser

Pas de quartier pour les étrangers

Sarco techno trop nique dans ses rêves

Hystériques, Flash ball danse

Flash ball danse

 

Dans ce climat d’insécurité

J’ai qu’une question à me poser :

Qui me protègera de la police ?

Qui me protègera de la police ?

 

Je fais bien sûr allusion aux récents évènements : témoignage d'un prof d'histoire géo de Clichy-sous-bois, film tourné à Clichy, article de afrik.com (Merci Thierry Lenain pour les liens !)

13/09/2005

> Poésie de voyage

Suite au concours de poésie RATP, et comme j’ai toujours fantasmé d’écrire un truc affiché dans le métro, j’ai commis ces quelques phrases…

 

Elle est montée

Filles du calvaire

Et descendue à Liberté

 

La station Gaîté est fermée au public

Pour cause de rénovation.

Veuillez descendre à Convention.

 

Soyons attentifs ensemble :

Pour le bonheur de tous

Ne vous séparez pas de votre sourire.

 

Ne mets pas tes mains sur mon cœur

Tu risques de te faire pincer très fort

 

Nous prenions la même correspondance,

C’était écrit dans nos lignes.

 

Prière d’attendre

que les gens descendent

avant de monter

sur leurs pieds.

 

medium_lapin.jpg

19:55 Publié dans Poeasy | Lien permanent | Envoyer cette note

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