29/11/2008
Ma pomme sur France Inter
17:14 Publié dans Ateliers d'écriture, On parle de moi... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, sébastien onze, interview, 150 défis d'écriture, ecrire sa vie
12/06/2008
> Etre édité

Etre édité ! On a l'impression d'une récompense, d'une consécration, d'une justice rendue : Dieu reconnaît (enfin) mon talent !
Hier, une voisine m’apostrophe au bas des marches de l’atelier d’écriture. Sans avoir jamais participé à un atelier, elle souhaite des conseils. Elle a écrit trois romans. On lui propose de l’éditer à 3000 euros les 150 exemplaires. Elle veut trouver un « correcteur » pour tout remettre en forme parce que certains passages ne sont pas clairs.
J’explique : je ne pratique pas ce genre de services ; certains écrivains en font leur métier, et ce sera soit cher et bien fait, soit cher et mal fait, soit pas cher et mal fait ; dans chacun de ces trois cas il existe un risque pour qu’elle se sente dépossédée de son histoire.
Ce matin, un très gentil mail qui demande :
1 - Quels sont les romans issus de votre atelier ?
2 - Avez vous des contacts avec des éditeurs ?
3 - Et enfin pouvez-vous me citez vos références (romans écrits)
4 - Quel est le but d'un atelier d'écriture et que dois-je y attendre ?
PS: Combien de temps me faut-il pour me sentir apte à la rédaction.
Je lui réponds par un copié/collé un peu transformé de cette « lettre type » que j’envois environ cinq fois par an :
Bonjour,
Nous n'avons aucun contact avec des éditeurs.
Un atelier d'écriture est un lieu où l'on prend plaisir à écrire et à se lire des textes. Si l’atelier permet en effet, sur le long terme, d’améliorer son style, ne vous attendez surtout pas, suite à un atelier d'écriture, à être publié.
Quant à votre question : "Combien de temps me faut-il pour me sentir apte à la rédaction." écrivez, avant tout, pour vous, pour le plaisir, ou parce que cela vous intéresse, et tant pis si vous ne vous sentez pas tout à fait "apte". L'important est ce qui passe en vous quand vous posez vos mots sur la feuille. Ou bien, si vous destinez vos textes à vos proches (amis, famille...) ce qui se passe de vous à eux à travers ce texte.
Etc.
Phrase entendue d’un animateur d’atelier à un salon : « C’est fou le nombre de gens qui écrivent des trucs nuls et qui se font pigeonner par de faux éditeurs »
Idée reçue : « qui écrivent des trucs nuls ». Tous, vraiment ? Lire avant de juger : qualitativement, les textes autoédités forment toute une gamme, du franchement mauvais (en nombre, il est vrai) au assez bon, avec une bonne part de textes agréables ou intéressants, dont il suffirait de couper 30% pour faire un bon livre.
Songez alors à ce parallèle : vous acceptez peut-être volontiers d’aller assister à une pièce de théâtre amateur ou semi-professionnelle. Pourquoi condamner ceux qui s’auto-éditent ? Cela fait-il trop orgueilleux ou trop amateur ? Si je lis l’ouvrage d’une connaissance ou d’un ami, j’éprouverai le même plaisir qu’à le voir jouer dans une pièce de théâtre.
Position délicate quand un participant me demande des conseils de publication. Je le prends toujours au sérieux, quelque soit la qualité de ses textes. Mes propres récits d’il y a 10 ans : à pleurer de consternation ! Si l'on m’avait découragé à ce moment là, où en serais-je ?
Ne pas non plus entretenir d’illusions : pour arriver, il va falloir, en général, transpirer comme un fou.
Donc, position de l’entre-deux, à relire, à écouter, à interroger, à nuancer, puis : qu’ils se débrouillent.
Avantage de l’atelier : recadrer – dans l’artisanat, dans l’immédiateté du texte donné à la lecture – l’écriture à sa dimension humaine. Bonheur d’écrire avant tout pour soi, pour les sept autres personnes de l’atelier, et peut-être pour quelques personnes à qui l’on fera lire.
Quant à moi, oui, je vais être très bientôt édité, et je crains / j'espère, que cette perte de pucelage ne va fondamentalement rien changer...
11:36 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : atelier, écriture, édition, édité, auteur
16/07/2007
> Concours de nouvelles en direct sur internet

NON, JE NE SUIS PAS EN VACANCES !
Je me lève tôt et je travaille, moi, monsieur !
Ce qui m'empêche notamment de passer un peu de temps sur ce blog : j'organise un concours de nouvelles en direct sur internet. Pour toutes les infos, voir ici :
Concours de Nouvelles des Insomniaques
Faites passer l'info, parlez-en sur votre blog et laissez-moi un commentaire !
18:17 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : concours, nouvelles, nuit, écriture, écrit, lire en fête
13/06/2007
> Reconnaissance connaissance naissance sens

Cette petite question qui revient, un pincement :
« Et tu es publié ? »
Non, pas encore, presque…
En dehors de mes douze textes envoyés aux éditeurs jeunesse, j’ai de nombreux projets en cours. J’avance de front sur une dizaine de textes (un scénario, quelques romans, deux pièces, des recueils…)
Je lis de même. A la tête du lit, une pile de bouquins, tous en cours, dont j’avale quelques pages au gré de mon humeur.
Problème : je passe dix fois plus de temps à finaliser dix textes ! Sans parler de la perte d’énergie à passer de l’un à l’autre, à me rebrancher sur le rythme, l’inspiration d’une histoire particulière avant, à nouveau, de zapper. Dispersion ? Il ne me semble pas être le seul à écrire sur autant de projets à la fois. C’est usant. J’aimerais pouvoir me fixer. Je cherche les raisons…
A la manière de San Antonio qui écrivait ses histoires plus « adultes » sous le pseudonyme de Frédéric Dard, je peux diviser facilement mes textes en deux catégories : les distrayants et les profonds.
Les « profonds » puisent à la source de mes songes. J’y retrouve sans cesse les mêmes motifs, sortis de mon sac à dos : quelques cartons ondulés, une femme fer mains de velours, un enfant mort, une maison en trompe l’œil, des mots impossibles à dire, un secret réfugié dans l’ombre... Je peux porter un profond sur plusieurs années sans me lasser. Je l’abandonne, y reviens, l’abandonne encore, non pour la difficulté qu’il représente, mais pour le laisser mûrir, pousser en dehors de moi. Quand un passage veut sortir, je le ressens, il est là, ne vient pas forcément tout seul dans la main, je vais parfois le cueillir au bout d’une page de mots inutiles, mais il vient.
Les « distrayants » me divertissent, une forme de jonglage. Ces histoires ne sont pas pour autant faciles à sortir, loin de là. L’intérêt y est souvent, au contraire, de me défier à quelques acrobaties. Je m’y sens comme un gosse construisant un château de cubes en déséquilibre. La véritable histoire d’Ulysse m’a beaucoup fait rire mais j’y suis revenu de nombreuses fois, trop de contraintes ! De même, j’écris 32 versions de l’histoire du petit chaperon rouge par petites touches (j’en suis à la vingtième…) L’énergie que je lance dans les textes « distrayants » s’épuise rapidement. Si je m’acharne, je tourne en rond, dans les mêmes trucs : le temps entre deux prises renouvelle l’intérêt.
Etrangement, l’essence de l’inspiration, la motivation du stylo, si elle est moins forte que pour les textes profonds, n’en reste pas moins essentielle. Il y a pour moi dans l’Odyssée et le Petit Chaperon rouge des émois d’enfance à jamais indélébiles. Je n’aurais pu écrire Gros Malin sans cette part de moi qui – pour une raison qui ne regarde que mon psychanalyste ! – vibre avec le thème de l’obésité.
J’ai tenté plusieurs fois d’écrire simplement en utilisant des motifs glanés dans ma vie, avec ce que je connais : rompu avec les techniques de marketing (j’anime aussi des formations en entreprise), j’ai imaginé les appliquer aux échanges amoureux. Le plan de ce projet est clairement défini, j’ai mille éléments prévus, de quoi remplir facilement un petit traité de 100 pages qui fera, je l’espère, un carton… Mais cette diablesse d’inspiration me pousse dans des sujets plus personnels. Il faudrait, pour ce genre de projet, me bloquer une semaine à la campagne pour n’écrire que cela, en bon écolier !
« Et tu es publié ? »
Non, pas encore, ça pousse.
Ma mère morte, je n’ai plus cette immense porte fermée sur la réalisation, la finalisation, à travers un livre. Le plus difficile maintenant, c’est d’amasser autant de pages dans le vide. L’impression de rêver un voyage, sans preuve tangible de l’existence de la destination. Il me faudrait la confiance de ce petit objet de papier, portant mon nom en couverture, sur le coin de ma table…
10:15 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris
28/05/2007
> Les règles d'or du polar

Dans ce récit, Hervé découvre les 15 règles secrètes du polar parfait, punaisées dans le bureau de son père. Bien entendu, le roman en question exploite lui-même ces règles.
Je tiens juste à dire que ces soit pseudo lois sont seulement des outils, des défis amusants, et que la qualité d’un bon récit ne se mesure pas aux recettes employées, loin de là ! Les principes qui suivent s’appliqueraient plutôt à un whodunit à suspense, bien loin des tendances actuelles du polar.
Donc, just for fun :
Les 15 règles secrètes du polar parfait
Règle numéro 1
Cocktail polar : mélangez pour moitié du mystère, pour un tiers du danger, pour un quart de rêves ratés, complétez d’un peu d’étonnement, saupoudrez d’une pincée d’amour. Tout le reste est littérature.
Règle numéro 2
Le suspense est une arme chargée laissée sur une table. Qui s’en servira ? Quand ? Pourquoi ?
Le mystère est une arme déchargée laissée sur une table. Qui s’en est servie ? Quand ? Pourquoi ?
L’action est une arme en cours d’utilisation. Peu importent alors les questions, puisque le sang coule.
Règle numéro 3
L’inquiétude c’est le sentiment que tout va mal. La peur c’est la crainte que tout devienne encore pire. La terreur c’est la certitude que tout va devenir encore pire.
Règle numéro 4
Un chapitre commence dans l’action et finit dans l’attente. Avant le point final, sème des points d’exclamation et d’interrogation.
Règle numéro 5
Le polar est le lieu du stéréotype et de la transgression. Le meurtrier, le héros, et même toi, l’auteur, devrez agir par surprise, par choc, par violence. Caresses et coups de poing : s’appuyer sur les règles habituelles, morales, sociales, logiques, narratives, mais pour mieux les briser.
Règle numéro 6
Faire varier à l’infini l’arme, le lieu, le tueur, la victime, le mobile, le témoin et l’alibi jusqu’à trouver la bonne composition. En définitive, une histoire d’amour est un polar peu imaginatif où deux personnes sont leurs tueurs réciproques, incarnant eux-mêmes leurs mobiles, et étant leurs propres armes et témoins. Ils n’ont souvent pourtant aucun alibi valable.
Règle numéro 7
Du moment que le cerf volant danse, on ne regarde pas la grosseur de la ficelle. Le lecteur croit tout pourvu qu’on lui en donne l’envie. Ne t’acharne pas à faire du vrai, crée une tempête de tous les diables.
Règle numéro 8
Le lecteur résout difficilement le problème car :
- Les informations essentielles sont noyées dans d’autres, secondaires.
- Le lecteur croit des personnages qui se trompent ou mentent.
- La solution est si originale qu’elle en est impensable.
- La solution est si simple qu’elle en est évidente.
Règle numéro 9
Il revient de la règle numéro 8 que le polar est un tour de magie. Aux moments où un spectateur attentif pourrait voir le truc, le prestidigitateur attire le regard par un geste. Il conditionne une illusion par des paroles trompeuses. Une fois le secret révélé, il est si simple qu’on se traite d’imbécile de ne pas y avoir pensé. Donc, soyez habile. Un polar à moitié réussi est un polar tout à fait raté.
Règle numéro 10
Chaque personnage a faim d’une chose presque impossible à obtenir. Que désirent, plus que tout, tes personnages ? Fortifie cette faim, donne leur à peine de quoi manger, voilà : l’assassin prêt à tuer, le héros à tout sacrifier.
Règle numéro 11
Chaque page fait évoluer les personnages dans leurs actions, leurs rapports aux autres, leurs états d’être. Dans un polar, le seul personnage inactif, sans relation et qui ne change pas d’opinion est le cadavre.
Règle numéro 12
Le coupable est l’innocent parfait : un alibi en béton armé, un mobile improbable, des qualités de héros. Si on l’accuse c’est à tort, on lui fera d’autant mieux confiance après.
Règle numéro 13
Qui est victime ? Qui est bourreau ? Le héros, côté sombre, pourrait être un assassin. L’assassin, côté lumière, pourrait être un héros. Un bon polar peut-il être moral ? N’existe-t-il pas de mauvaises raisons pour faire le bien, comme de bonnes pour faire le mal ?
Règle numéro 14
Ton style sera vrai, vivant, rapide. Peu de mots mais justes, au service de l'histoire. Un style pour briller c’est du vernis à ongles sur des doigts sales.
Règle numéro 15
On peut écrire un excellent polar sans respecter aucune de ces règles.
J’ai cherché si d’autres auteurs avaient établi des règles pour le polar :


Les dix règles pour écrire un bon polar selon Carlo Lucarelli
Cet auteur de polars italien est professeur d’écriture créative à l’académie « Holden » de Turin mais aussi à la prison de Padoue.
1) Partir d’un "mystère mystérieux", c’est-à-dire intriguant, inquiétant, un de ces mystères qui ne laisse aucun répit et dont on ne sait comment il va finir.
2) Distiller les informations au lecteur avec parcimonie. Ne pas tout raconter d’emblée. Maintenir le suspens.
3) Conduire le lecteur vers une première solution du mystère, puis par un coup de théâtre, ouvrir la porte d’un second mystère.
4) Créer un bon personnage principal.
5) Créer un bon personnage qui épaissit le mystère, qui le complique.
6) Situer l’intrigue dans un environnement connu et crédible.
7) Maintenir un rythme d’écriture trépidant.
8) Construire une machine narrative, une histoire pour raconter quelque chose que l’on estime important (ce que l’on appelait jadis le “message”).
9) Ecrire dans le meilleur style. Choisir le vocabulaire le plus soigné.
10) Oublier toutes ces règles.
Si Carlo Lucarelli vous a donné l’envie d’écrire des romans noirs, voici un ouvrage pour vous éviter l’angoisse de la page blanche. « Polar : mode d’emploi » de Stéphane Bourgoin chez Encrages explique tout sur le point de vue narratif, le style ou le choix des personnages avec les conseils d’experts tels que Frederic Brown ou John Dickson Carr.
Et si vous voulez en savoir plus, voilà quelques petits trucs d' Elizabeth George:
“ J’essaie de construire chaque roman comme une tapisserie, dans laquelle l’analyse de caractères et l’étude du système social s’entremêlent – un roman qui tienne compte de l’environnement. Et puis, il faut une intrigue, aussi, et pour ça, j’ai besoin d’un lieu riche, dense, tel que l’Angleterre – Londres et sa banlieue, par exemple. Si j’ai choisi Londres, c’est parce que je trouve cette ville pleine d’atmosphère. Elle m’évoque des choses qui ne me viendraient pas à l’esprit en Amérique – surtout dans le sud de la Californie.
Parfois, je commence par faire une esquisse de l’histoire, et c’est après seulement que je vais chercher le lieu adéquat. Une fois que j’ai trouvé l’intrigue, l'assassin, la victime et le mobile, par exemple, je pars chercher un cadre pour mon histoire ; ce cadre va m’apporter de nouveaux éléments pour étoffer mon intrigue. Mais ce sont toujours des endroits que l’on peut retrouver, parce qu’ils existent réellement. Il m’arrive de changer les noms, mais c’est très facile de les reconnaître quand on y est déjà allé.
J’étudie la psychologie humaine dans un contexte de crise familiale ; pour faire un bon roman policier, la situation doit être explosive, donc le plus intime possible. Si vous plongez un couple dans une situation de crise, vous allez réveiller chez eux des comportements pathologiques très profonds. C’est cela qui m’intéresse : étudier l’individu dans des situations de stress, et la façon dont certains éléments pathologiques remontent à la surface ”.
(Elizabeth George : extrait du documentaire: " Un job sanglant. Le polar, l'auteur et son privé - Elizabeth George et Linley / Havers")

1. Le cas qui constitue le sujet est un mystère en apparence inexplicable.
2. Un personnage - ou plusieurs, simultanément ou successivement - est considéré à tort comme le coupable, parce que des indices superficiels semblent le désigner.
3. Une minutieuse observation des faits, matériels et psychologiques, que suit la discussion des témoignages, et par-dessus tout une rigoureuse méthode de raisonnement, triomphent des théories a-prioristes et hâtives. L’analyste ne devine jamais ; il raisonne et observe.
4. La solution, qui concorde parfaitement avec les faits, est totalement imprévue.
5. Plus un cas paraît extraordinaire, plus il est facile à résoudre.
6. Lorsqu’on a éliminé toutes les impossibilités, ce qui demeure, bien qu’incroyable au premier abord, est la solution juste.
Vous connaissez d’autres listes de règles pour le polar ?
Vous avez conçu vous-même d’autres règles ?
N’hésitez-pas dans les commentaires !

20:55 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : polar, jeunesse, littérature, règles, lois, un bon polar, atelier d'écriture
04/02/2007
> Un livre à un million d'auteurs ?
Je reproduis ici une grande partie de la note d'hier de Pierre Assouline :
Tous romanciers !
Il fallait s’y attendre : à force de leur dire qu’ils étaient désormais tous photographes, journalistes, cinéastes, peintres etc, ils ont fini par croire qu’ils étaient également tous romanciers. Un éditeur n’allait pas laisser passer l’air du temps sans le capter. C’est donc le puissant et prestigieux Penguin qui s’y est collé sans état d’âme en tandem avec l’atelier d’écriture de l’université De Montfort (Leicester, Grande-Bretagne). Mais ils l’ont fait sur le mode : et si pour une fois les créateurs mettaient leur ego de côté et travaillaient en équipe ? C’est tellement crétin qu’on ne peut imaginer que l’éditeur des plus grands classiques s’y soit mis autrement que sous la pression de son service marketing dans le fol espoir de conquérir le marché djeune.
Ce roman “expérimental” comme ils disent s’intitule A Million Penguins. Tout le monde peut y écrire mais nul ne pourra y revendiquer la paternité de tel personnage ou de telle situation. Chacun est libre d’effacer ou de modifier ce que l’autre a écrit précédemment. [...]
Peut-être faut-il le rappeler : la littérature est l’épreuve de la solitude. Quand on écrit, on est toujours seul. Un roman, je parle de ces romans que l’on met toute une vie à ruminer et quelques mois à suer, n’est pas un jeu en ligne. Demandez à Simenon, Kafka, Faulkner et à leurs épigones. Ils écrivaient par rapport à un absolu. Réduire ça à une question d’ego qu’il s’agirait de déjouer par un gadget e-communautaire, c’est se condamner à ne rien comprendre à l’enjeu.
Ma réaction :
Pourquoi tant de colère à défendre le “vrai” roman et l’auteur pur et dur ?
Ce n’est qu’un jeu !!!
L’expérience de Penguin ne prétend pas - du moins j’espère ! - produire un chef d’oeuvre. Mais elle est amusante, non ? Je doute que les auteurs “portés” par leur absolu se piquent de participer à la chose. Donc, tant mieux pour les autres, ils vont surement s’amuser. On peut pratiquer le théâtre amateur sans se croire acteur.
Par contre, je m’inquiéterai peut-être un jour, lorsque la télévision produira la Writers Academy : un loft où les écrivains doivent s’éliminer en produisant la meilleure suite possible à un roman…
13:55 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : million penguin, roman, auteur, participatif, roman expérimental
16/10/2006
> Animateur d'atelier d'écriture (la revanche du retour de la suite III)

Au contraire, je trouve que Perec est un excellent écrivain, même s'il m'est parfois difficile de tout apprécier ! Il masque ses émotions derrière une absolue froideur. Il a le génie du paradoxe : ne rien dire pour mieux montrer (voir W ou le souvenir d'enfance qui raconte en creux, par le vide du souvenir ou de la fiction, l'horreur nazie). Je vous parlais des oulipiens de "la branche" de Perec qui jouent avec les contraintes comme dans une sorte de Scrabble perfectionné. Ils s'amusent bien, je ne les condamne pas. Je dis seulement que le résultat est froid, un peu comme certains tableaux abstraits. A l'opposé, les OuLiPiens de la branche Queneau mettent plus d'humour, donc d'âme, dans leurs productions : la structure n'est pas une fin en soi mais un moyen. Voir par exemple Hervé Le Tellier.
Je ne connais pas d'écrivain(s) profondément humble(s), encore moins de peintre(s). Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas fréquentables... En apparence, ils peuvent en donner l'illusion, pas dans leur(s) MOI(s) intérieur(s).
L'écrivain peut se pavaner en public, avoir un ego monstrueux, je maintiens que, au moment de l'écriture, il s'oublie en quelque sorte, il met son ego au frigo. Sinon, le résultat est si pauvre : voyez l'écriture superficielle d'Angot ou de certains Beigbeder ! Kundera prétend qu'un bon roman est toujours plus intelligent que son auteur.
Il est même possible que la création soit un besoin impérieux pour certains artistes aux Ego surdimensionnés, justement pour souffler, mettre leur orgueil en veilleuse, trouver l’occasion d’être enfin vrai.
Et pour moi, le temps ne s'arrêterait pas là, au moment où j'écris le premier mot de ce roman à venir... Il faut vivre avec et pendant, continuer à se nourrir de films vus, d'expositions explorées, de musique entendue, de rencontres faites, de livres lus, de subtils et pertinents détails qui surgissent lors de cette période divine et si pleine de sens.
Tout à fait d'accord. L'atelier ne fait que s'ajouter à cette liste de sources d'énergie créatrice...
Seulement, sans aucune méthode, le débutant s'arrête généralement entre la page 30 et 50... La machine n'embraye plus. Que faire ? Attendre que l'inspiration vous visite à nouveau ? Vous lancer dans un autre roman ? Si vous êtes assez motivé vous cherchez une relance, fouillez dans des romans pour voir comment les autres font... Vous cherchez nécessairement, à un moment, à comprendre comment les auteurs procèdent. C'est cela que vous apporte directement un atelier : du matériel et des outils.
Le temps ne s'arrête pas lors de l'écriture d'un roman, à peine suspendu est-il ce temps ?... Et les relances comme vous dites, se font d'elles-mêmes. Et pourquoi pas avec ces éléments nouveaux : avez-vous étudié cela ?
Avez-vous seulement essayé ?
Ecrivez vous-même un roman de plus de 100 pages et vous ne pourrez plus prétendre que les choses se font "d'elles-mêmes". Une petite poésie, un texte de 5 pages, oui, peut s'écrire de lui même. Mais un roman ? Si vous avez au choix, soit beaucoup de génie soit un don pour le verbiage, peut-être...
Vous avez dit que les détails de nos vies personnelles ne pouvaient pas attirer l'attention des éditeurs. Je les croyais friands de ce genre de détails, de récits, d'oeuvres.
Je n'ai pas tout à fait dit cela. Vous parliez de Parti, de Salvaing. Il n’y parle pas que de lui, au contraire ! Il brosse toute une génération et plus particulièrement le parti communiste. Dans ses deux excellents derniers ouvrages, plus autobiographiques, Casa et Raoul, il parle en effet de lui, mais ne fait pas un "ego-trip" : son histoire touche en ce qu'elle a d'universel et, de plus, il a vécu une histoire particulièrement hors du commun. C'est cela qui touche les éditeurs : un vécu original, un regard particulier, une universalité émotionnelle. Ce que j'ai affirmé dans l'atelier, c'est que les éditeurs croulent sous les autobiographies ou sous les autobiographies déguisées en fiction. Or il faut être un génie pour pondre une bonne autobiographie qui ne touche pas seulement que vous, vos amis, et les membres de votre famille. Les éditeurs cherchent donc en priorité autre chose : une "bonne histoire". Je n'ai pas dit qu'un roman pur valait mieux qu'une biographie. J'ai affirmé : 1° que les éditeurs cherchaient d'avantage des "vrais" romans. 2° Que dans l'atelier roman, on ne ferait ni autobiographie ni autobiographie déguisée : on apprendra ici la fiction, et on expérimentera cet étrange phénomène qui fait qu'on se "livre" plus facilement corps et âme dans une fiction !
Que pensez-vous de François Bon ?
Il m'a plus ou moins conseillé de ne pas me casser le cul avec les ateliers d'écriture. Il est pour, bien entendu et dans un but bien précis. Pour, oui, mais pas pour tous.
Je rêve de rencontrer François Bon ! Tous les mots sont adultes est un engagement vers une écriture à la fois artisanale et profonde, liée à la ville et aux groupes humains. Une écriture vibrante et vivante. Quand vous dites qu'il est "pour" l'atelier mais "pas pour tous", ces propos sont assez vagues... Pas pour qui ? Je pense pour ma part que l'écriture est un vecteur parmi d'autres et que certaines personnes se réaliseront plus particulièrement dans un autre art ou dans le sport. Pourquoi leur imposer un atelier d'écriture ? De plus, François Bon ne pratique pas du tout la même approche que moi : il n'a volontairement pas le même public. Il ne cherche pas particulièrement à transmettre des outils stylistiques mais vise à créer un vécu, une relation à soi et aux autres dans l’écriture. Pour ma part, je vise les deux aspects, le vécu et le style, parce que je n’ai pas les mêmes participants. Quand je vais animer des ateliers auprès de gens qui veulent juste s'amuser avec les mots, par exemple en hôpitaux, je ne sors aucun bagage stylistique de mon chapeau. Le but est là "seulement" la découverte de soi et des autres.
C'est là que vous vous trompez et que vous avez tort ; les participants ne connaissent pas véritablement le travail de l'écriture en solitaire. Que de vagues aperçus, de nombreuses tentatives avortées. La respiration, le souffle, l'envie leur est passé complètement à côté. Ce n'est pas encore devenu quelque chose de vital comme de respirer. Cela relève davantage du désir (matériel) et glorieux de la chose en elle-même, bien plus que d'une réelle évidence.
Là, vous êtes en effet présomptueux voire méchant envers ces gens... Les connaissez-vous ? Les avez-vous côtoyés assez longtemps pour avancer de telles inepties ? Certains participants n'ont écrit que quelques textes, en effet, mais assez peu dans l'ensemble. Et quand bien même... le simple fait qu'ils soient attirés par cet art solitaire et intériorisé qu'est l'écriture prouve leur expérience ou leur désir d’une activité profondément personnelle. Il n'est pas si facile que cela de se regarder en face dans le miroir de l'écriture.
Non, cela ne leur est en effet pas aussi vital que de respirer. Et à moi non plus ! J'en ai assez que des écrivains, sûrement géniaux mais prétentieux, tel Rielke, prétendent qu'il faille s'arracher les mots du ventre, là où ça fait le plus mal. Et que sinon, ce n'est pas la peine d'écrire ! C'est comme affirmer qu'on n'a le droit de ne jouer que du Mozart. Moi, je joue parfois du pipeau, j'écris de petites choses... Et parfois aussi, oui, je sors des mots de très profond. Je vous garantis que ces deux attitudes, vous les retrouvez chez les mêmes personnes en atelier. J'ai parfois été au bord des larmes à la lecture de certains textes, parfois juste amusé. L’atelier d’écriture n’est pas une église où l’on ne respire que des mots divins…
Et vous à les sous évaluer ? J'aime la beauté des gens. Et quelqu'un qui écrit véritablement révèle toujours une part de son humanité !
Seul contre tous, ne veut pas dire : sans liens, sans amis, sans aides. Pensez plutôt à Moïse et à son bâton de pèlerin, à l'unification des 10 commandements. Cette quête universelle. Un artiste est quelqu'un qui doit faire face à tout, rien ne lui sera épargné, tout le concerne, le sensibilise et le fait souffrir parfois, parce qu'il est toujours au coeur de tout et que sa force est aussi sa fragilité.
Arrêtez avec cette mythologie de la faiblesse ! Toute énergie est bonne à prendre pour l'artiste : souffrance, rêve, folie, mais aussi joie, beauté, amour... Un artiste seul est un artiste mort. Et un artiste qui ne sait tirer son écriture que de sa souffrance n'a pas forcément à se sentir supérieur aux autres et à s'en glorifier. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi que de faire appel au formidable pouvoir de mise à distance et de sublimation de l'écriture. Certains textes, au demeurant magnifiques, valent toutes les psychothérapies du monde (voir Kafka ou Vian !) Mais doit-on pour autant n'écrire que comme cela ?
09:25 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris, animateur
13/10/2006
> Animateur d'atelier d'écriture (suite et fin)

Cet article fait suite à un autre, dans lequel je répondais au mail d'un participant venu pour un atelier d'essai. Ce dernier m'ayant renvoyé depuis un courier, voici ma réaction à sa réaction à ma réaction à sa réaction...
Le texte est long mais il pose les bases, je crois, d'une pratique qui me tient à coeur. Désolé, "je n'ai pas eu le temps de faire plus court"...
En bleu, il cite mon précédent texte. En gras je cite son mail. Puis vient ma réaction...
Vous avez ressenti, intuitivement,...
Intuition, instinct : deux valeurs sûres, dit-on. À la base, l'écriture est une question d'instinct, quelque chose qui vous surprend toujours. Je me rappelle vous avoir entendu citer Georges Simenon. Il n'écrivait que comme cela, à l'instinct et il n’exerçait sa violence qu'envers cet instinct ; c'est à elle, et seulement à elle qu'il avait des comptes à rendre. Ses rapports étaient bien plus sensés et fructueux avec son instinct qu'avec son entourage immédiat, réel et palpable. Je ne parle pas des tics et manies et de la mise en pratique qu'un écrivain construit au fil du temps. Dans l'écriture, il me semble qu'il y a une grande part d'INSTINCT, que la place à lui donner doit être importante. Je crois qu'il faut se préserver de tout ce qui a le goût du fabriqué.
Je pense qu’il faut dépasser le vieux débat instinct émotionnel / maîtrise consciente. Dans l’acte créatif, les deux se côtoient en permanence, s’engendrent mutuellement. L’art littéraire purement instinctif se nomme le surréalisme et il a montré ses limites. A l’autre bout, celui de la maîtrise consciente, on trouve l’OuLiPo, mouvement dont la branche Perequienne produit des textes, à mon sens, vides de personnalité.
L’équilibre d’un acte créatif se réalise quand aucun des deux pôles ne prend le dessus : l’instinct ne fait pas « n’importe quoi » et la méthode ne prend pas tout en charge.L’écriture de Simenon est certes instinctive mais aussi extrêmement maîtrisée. Attention : maîtrisée ne veut pas dire que tout est conscient. Je suis persuadé que Simenon a, en tout cas, appris, fait ses gammes, assimilé puis oublié de nombreuses règles pour parvenir à un tel degré. On aime voir les artistes comme des génies auréolés d’une sorte d’instinct divin. Or, tous ont fait leur apprentissage, parfois seuls, souvent guidés, comme par exemple Maupassant qui tient son art de Flaubert.
Savez-vous que vous pouvez faire peur lorsque vous arrivez avec vos bases, votre sérieux dans la progression à suivre en vue de parvenir à faire une chose qu’on appelle un roman ?
Avec vos petits 1, 2, 3, 4, 5...
Il est là le côté scolaire, Sébastien. Pas dans le contenu des textes des uns et des autres lus par eux-mêmes.
Bien sûr : c’est un apprentissage ! Il échappe pourtant au côté scolaire (contrairement aux ateliers américains de creative writing) en véhiculant un contenu émotionnel fort, notamment à travers des jeux plus « fous » que vous n’avez malheureusement pas expérimenté... Nous pratiquons un zapping permanent : 50% maîtrise, 50% instinct.
Vous avouez vous-même qu’avec mon enseignement soi-disant « scolaire », les textes produits étaient d’un contenu personnel. Où est alors le problème ?
Il arrive que des participants sèchent. Je les pousse à écrire avec des techniques de déblocage...
Ne pense-t-on pas que c'est dans le chaos que naissent les plus belles choses... Je me doute que vous connaissez un certain nombre de techniques de déblocage qui ont probablement une certaine efficacité. En avez-vous vraiment besoin ?
J’en ai de moins en moins besoin. De nombreux jeux sont là pour faire expérimenter, ressentir intuitivement des outils. Par la suite, inutile de reproduire ce genre d’exercice. Par exemple, avez-vous essayé d’écrire un texte narratif sans aucun verbe ? On sort de ce jeu d’écriture en ayant une nouvelle conscience stylistique : depuis que je l’ai pratiqué, j’use parfois naturellement dans un texte de phrases nominales qui ne me seraient pas venu à l’esprit sans cela et qui enrichisse mon récit.
Ecrire des textes courts à contrainte permet d’expérimenter des pistes exploitables par ailleurs. Mon blog fourmille de textes « essais », de possibilités stylistiques à creuser par la suite.
Quand aux jeux de déblocage, j’y ai souvent recours. Si je connais de moins en moins l’angoisse de la page blanche, j’éprouve souvent une paralysie au niveau de la relance d’action (à peu près au bout de 30 pages). Je ne m’en sors que par ces jeux (personnellement les outils qui me correspondent sont l’écriture automatique sous forme d’une liste de questions, la visualisation des décors et personnages, l’écriture en désordre, en commençant par exemple par la fin).
Vous parlez de la couleur jaune qui se substitue à la couleur bleue. En conséquence, votre intelligence se substitue à vos fameuses techniques de déblocage.
C’est votre ressenti sur une seule séance, et dans laquelle vous vous êtes plus posé en juge qu’en participant… Jugement, oui, car cette certitude dans vos propos, sans nuance et sans appel, semble contredire votre désir manifeste de dialogue !
J’ai personnellement appris l’écriture en ateliers, auprès de gens que je considère parfois comme de véritables maîtres, non seulement écrivains, mais sachant transmettre leurs outils (tels Jean-Noël Blanc ou François Salvaing). Je ressens vis-à-vis d’eux une reconnaissance infinie. Sous leur apprentissage, en quelques heures, mon écriture progressait comme en plusieurs années. Je ne fais que poursuivre, à ma manière, leur façon de pratiquer l’atelier.
Toutes ces techniques sont faites pour être assimilées, c’est-à-dire acquises puis oubliées, pour être utilisées ensuite de façon plus ou moins inconsciente.
Au Moyen-Âge, la plupart des corps de métiers distinguaient trois degrés : l’apprenti, le compagnon et le maître. L’apprenti appliquait laborieusement les règles qu’on lui inculquait. Il n’avait pas voie au chapitre, ne s’exprimait pas. Le compagnon utilisait les règles de façon plus personnelle. Il était à même de créer, inventer dans le cadre des contraintes. Le maître, lui, avait suffisamment assimilé les outils pour les faire siens et les dépasser, en jouer, les contredire parfois. Ces trois étapes sont symboliques et perméables : en art, heureusement, il est possible dès le début d’être à la fois apprenti, compagnon et maître. Cela fonctionne comme une respiration cyclique : l’artiste progresse, de moins en moins apprenti, puis de moins en moins compagnon, puis de moins en moins maître, devant redevenir apprenti, apprendre de nouvelles choses s’il veut continuer à progresser. On le voit bien en peinture avec Picasso et ses « périodes ». Je crois par exemple que Marguerite Duras, arrivée au degré de maîtrise, n’a pas su se remettre en cause et se renouveler. Les règles qu’elle s’était forgées sont devenu des automatismes. Ses derniers écrits ont perdu de leur âme.
L’atelier d’écriture, même s’il est souvent plus orienté vers l’apprentissage, permet de sauter constamment d’une étape à l’autre. J’estime qu’il est nécessaire parfois d’avoir l’humilité de l’apprenti pour un jour passer maître.
C'est un petit peu comme choisir d'aimer ou de rester célibataire : l'autre nous place à la fois en situation de protection et à découvert...
Vous parlez de RISQUE et là dans vos propos, je n'en devine aucun.
Je parle de risque et de sécurité. Le risque, il est inutile de le générer en atelier. Il arrive de lui-même, parce qu’il y a un enjeu fort, surtout dans l’écriture d’un roman. Parce que les gens ne sont pas là pour bavarder mais pour s’ex-primer, pour sortir certaines choses d’eux-mêmes. La prise de risque est proportionnelle à l’engagement personnel de chacun. Elle est latente, je me dois de l’encourager dans une certaine mesure, non de l’imposer.
Cela dit, là encore, comment constater cette prise de risque dans un premier atelier ? Le premier atelier doit rassurer, créer le début d’une confiance. On ne saute pas en parachute dès le premier cours !
Pour s'imprégner de ces deux forces de vie [solitude et amour]. Il faut avoir passé autant de temps avec l'une qu'avec l'autre. Sinon, à quoi bon s'efforcer d'essayer d'y comprendre quelque chose.
Tout à fait d’accord, mais les participants connaissent, pour la plupart, l’écriture en solitaire. L’atelier arrive en complément, pour l’autre versant. De plus, contrairement aux comédiens, par exemple, ceux qui choisissent l’écriture comme moyen d’expression artistique sont déjà dans l’expérience d’une solitude.
Bien sûr que vous avez un rôle à jouer... Et à déjouer. La bulle d'environnement dont vous (nous) parlez sera maintenue grâce aux effets dilatateurs de votre intelligence.
Merci pour l’intelligence mais, c’est dommage que vous ne l’ayez pas perçu, j’aurais aussi parlé de sentiment. Rien n’est passé en vous quand j’ai lu ces extraits de textes ? Moi, certains passages, que je connais pourtant presque par cœur, me donnent encore des frissons… Le jour où je mènerai un atelier seulement avec l’intelligence, je marcherai comme avec une seule chaussure.
Vous ne créez rien en notre compagnie ; vous ne faites qu'inspirer et vous nous donnez envie de nous évader, de nous poser quelque part un laps de temps et de satisfaire notre curiosité ainsi que celle d'autrui, bien entendu.
Donner envie, provoquer le déclic de l’inspiration… beau programme non ? Quant à satisfaire la curiosité, oui. Ce mot, même s’il est mal connoté dans notre civilisation, est à la base de ma démarche. Les adultes sont rarement curieux. Ils ne voient plus les choses, ils ne font que les reconnaître. La curiosité pour soi et pour les autres n’est pas du voyeurisme, mais les prémisses d’un apprentissage relationnel. Apprivoise-moi dit le renard. Je pense qu’un artiste tente, parfois désespérément, de s’apprivoiser lui-même.
Le terme écriture à plusieurs mains est donc impropre.
À l'instant, je pense à Benoîte Groult qui a écrit un journal à quatre mains avec sa soeur Flora. Et récemment PPDA, avec Olivier, son frère, au sujet de Lawrence d'Arabie. Un atelier d'écriture est composé de 9 participants. Et lorsque vous nous demandez d'écrire, nous le faisons ensemble et en même temps. C'est donc, un travail d'écriture à 18 mains.
Désolé mais les situations que vous décrivez n’ont rien à voir avec un atelier d’écriture : personne ici ne touche aux textes des autres. Les participants se placent seulement en position d’auditeurs / lecteurs. La phase d’écriture et, éventuellement, de réécriture reste donc un travail essentiellement solitaire.
Ensuite, nous lisons notre texte à tour de rôle. Un texte qui ne sera plus dans la confidence et qui au moment de la fin de son écriture appartient à tout le monde, et ce, dans les secondes qui suivent, et ça, ce n'est plus tout à fait le propre du travail de l'écrivain, vous comprenez.
Non, votre écriture n’appartient pas à tout le monde ! J’ai participé à des ateliers où, en effet, l’animateur s’emparait des textes, suggérait même parfois des suites, ou stimulait le groupe pour s’approprier le récit… Le comble de l’horreur ; je n’ai d’ailleurs pas pu écrire durant les cinq jours de cet atelier !
Le retour collectif permet souvent une polyphonie des avis. Il est incroyable et révélateur de constater combien votre texte peut être perçu de façons différentes. Et de voir aussi le consensus qui s’établit autour des points qui posent problème. Il est bien rare le participant qui se sent dépossédé de son texte. Parce qu’il y tient, et qu’il a raison de vouloir garder le dernier mot. Il arrive parfois que des gens croient l’avis des autres plus important que le leur. Je pose des questions à cette personne, l’oriente vers un avis plus personnel qui fait sens pour elle. Cela tient parfois de cas psychologiques profonds. L’écriture face au groupe peut devenir, pour ces gens là, une passerelle entre la soumission et l’affirmation.
Par contre, tout à fait d’accord avec le fait qu’un écrivain mûrit parfois longtemps son texte avant de le donner à lire, ce qui est rarement le cas en atelier. Mais c’est un atelier, vous (nous) sommes des apprentis. On ne juge pas d’un texte comme s’il était abouti ! Et, là encore, il est hors de question de donner des indications sur la façon de mener la suite du travail à son terme. Parfois, à la lecture d’un texte, pour ne pas influencer son auteur dans un sens ou l’autre, je coupe tout commentaire en affirmant que la production n’est pas assez avancée pour qu’on puisse donner son avis : « Ecris la suite, retravaille ton texte, tu le liras la prochaine fois… » Et, en ce qui concerne l’atelier roman, les participants se gardent bien d’orienter leurs opinions vers une suite possible !
Le travail de l'écrivain n'est pas le fruit d'une longue dissertation.
Tout à fait d’accord. Vous n’avez vu que cet aspect là, dommage…
Sébastien, pas question de corriger un texte. Comme vous le dites : instaurons UN DIALOGUE et rien que ça. Un tête-à-tête, uniquement pour cela.
En effet, pas question de « corriger » de façon radicale, sauf pour les maladresses vraiment évidentes (et il y en a en fait pas mal chez les auteurs débutants) et toujours par la suggestion ou la question. Donc oui, un dialogue. Mais un dialogue en face à face est aléatoire, même avec moi. Lorsque vous faites lire un texte, que ce soit par plusieurs personnes. Si un seul avis souligne un point, peut-être n’est-il pas juste. Par contre, si trois ou quatre lecteurs émettent la même opinion, c’est qu’ils ont sûrement raison !
Les auteurs professionnels pratiquent aussi cela, les plus grands, faisant lire leur texte à d'autres personnes, en général d'autres écrivains.
Permettez-moi de mettre votre parole en doute. Je ne dis pas que ça n'arrive jamais, mais faut bien l'avouer, c'est rare. J'ai assisté à une lecture de texte(s) dit(s) par Duras et Nathalie Sarraute. Chacune a lu son propre texte. Pas question de faire l'inverse. Vous voulez rire !
Je ne parle pas de lecture de textes à voix haute. Je parle d’auteurs qui s’échangent leurs brouillons avant publication, pour avoir un avis éclairé sur les modifications à faire.
C'est une pratique peu courante, vous le savez mieux que moi. Un écrivain est une petite chose fragile, comme un peintre qui a énormément de mal à concevoir que quelque chose ou bien quelqu'un puisse lui venir en aide. La force de l'écrivain est d'être seul contre tous.
Dans votre mythologie personnelle et dans celle de certains critiques, peut-être… Beaucoup d’écrivains souffrent, en effet, ou sont paranoïaques, dépressifs, etc. Mais ceux que je connais ne sont pas du tout seuls contre tous !
La plupart des auteurs ne se considèrent pas comme des artistes maudits mais comme des sortes d’artisans. J’adore me glisser dans un groupe d’auteurs qui parlent « cuisine ». Quand ils ne sont pas invités chez Pivot, les auteurs quittent facilement leurs poses. D’ailleurs, les écrivains jeunesse sont, à ce titre, un peu moins coincés que les autres…
Contrairement à ce que vous affirmez, il semblerait que la pratique de la lecture des textes entre « collègues » soit au contraire très répandue. Pour une raison très simple, en dehors des rapports d’amitié que cela peut engendrer : elle fait gagner un temps considérable.
Autrefois, les maisons d’éditions faisaient pour cela appel à des correcteurs relecteurs. La plupart du temps eux aussi auteurs, ils n’avaient rien à voir avec les correcteurs d’aujourd’hui qui sont certes hautement qualifiés, mais se contentent le plus souvent de retouches grammaticales. Songez par exemple qu’Albert Cohen a retravaillé Belle du Seigneur plusieurs mois durant, en compagnie d’un célèbre correcteur, pour au final en retirer plus d’un cinquième !
A l’heure actuelle, les maisons d’édition préfèrent voir arriver sur leur bureau des manuscrits finis, prêts à la publication. Seuls des petits éditeurs pratiquent encore le suivi avec un correcteur-auteur. Les écrivains se passent donc les bébés entre eux et fonctionnent souvent par binômes.
Il y avait une amitié sincère entre Matisse et Picasso. Et celle de Miller et Durrell. Oui, mais au-delà de cela, il y avait également entre eux, un besoin de personnifier son art et de ne cesser d'épater l'autre. Une heureuse et saine guerre de monstres sacrés, de maîtres de leurs arts respectifs.
Il ne s’agit pas d’imposer un style mais de donner un avis d’observateur. Je suis sûr que Matisse parlait aussi de technique avec Picasso et ne se gênait pas pour critiquer ses toiles. Au fond de tout artiste accompli (c'est-à-dire, entre autres, qui a versé pas mal de sueur pour en arriver là) repose une certitude inébranlable qui lui fait accepter les justes critiques (certes parfois avec douleur !)
En outre, il est aléatoire de comparer des arts entre eux. Ce qui s’applique à l’écriture n’est pas valable dans tous les domaines. Un tableau achevé ne peut subir, à la limite, que quelques retouches. L’avis d’un collègue est donc intéressant mais peu efficace sur le moment. Par contre, un texte peut toujours être modifié…
LA CRITIQUE n'est pas plus précieuse que le critique lui-même et parfois, elle ne sert pas toujours à des fins encourageantes. On l'entend, dans les débuts, à la longue, ce n'est plus qu'un bruit sourd et qui finira par devenir anonyme.
La critique en atelier est généralement constructive. Je vais même aller plus loin : la critique la plus minable, la plus méchante, peut toujours être constructive si on la prend bien. Certaines lettres de refus, certains propos (un commanditaire de texte m’a dit un jour « Vous faites bien d’écrire, même ce genre de trucs, c’est toujours mieux que de traîner dehors et faire n’importe quoi ou de se droguer. ») m’ont autant poussé à me battre que des encouragements. Sur le « critique lui-même » : il est vrai que nous sommes des personnes. L’écriture en atelier est aussi une question d’affinités. Etre animateur, c’est entre autres de l’intérêt pour des gens et pas seulement des textes, de l’amour au sens général.
On peut tout à fait écrire sans aucune formation. Mais cela implique qu'il faille apprendre les bases instinctivement, sur le tas. C'est long et aléatoire.
C'est long, sans aucun doute, vous avez parfaitement raison. Aussi, vous n'êtes pas sans savoir que nombreux sont ceux qui écrivent comme cela et qui sont publiés.
Bien sûr, de nombreux domaines peuvent être appris en autodidacte. En se donnant beaucoup de mal, on peut écrire seul un roman qui tient la route. Mais, si vous avez la possibilité qu’on vous aide à progresser, n’est-ce pas une fierté mal placée que de refuser ?
Attention, mes propos s’appliquent aux 95% de gens qui, comme moi, ne sont pas des génies, ne sont pas nés avec un don exceptionnel. Parce que ce qui différencie un auteur publié et reconnu, d’un autre qui s’arrêtera en chemin, c’est sa capacité à se remettre en question (des doutes, de la curiosité) alliée à celle à s’acharner dans cette voie (une certitude essentielle qui vous prend suffisamment les tripes pour éteindre la télévision et préférer écrire).
J'ai voulu prendre des cours de peinture. L'on m'a dit : fais gaffe !, ça peut être dangereux. J'en ai pris quand même, quelques-uns, pas longtemps. Le temps, OUI quelques années, je le reconnais a fait le reste. Aujourd'hui, je suis loin d'avoir la technique d'un élève qui a passé quelques années aux Beaux-Arts. Mais lui aura beaucoup de mal à se débarrasser de quelques inutiles directives de ses professeurs. À savoir que c'est mon professeur de dessin et de peinture qui m'a demandé de quitter ses cours. Tu n'en as plus besoin, m'a-t-il dit, trop, ce serait du gâchis.
Où est la frontière entre ce qu’il faut prendre et ce qu’il faut laisser ?
Je comprend mieux votre réticence d’emblée à mon atelier vu votre vécu personnel au niveau de la peinture. Je crois, en effet, que vient un moment où il faut arrêter les cours, qui peuvent être une sorte de refuge, pour se prendre complètement en mains, devenir « maître » ; même si ça fait du bien, parfois, de retourner de l’autre côté de la table pour redevenir élève. Je crois aussi qu’il est bon de changer régulièrement d’animateur ou de professeur.
Attention aussi : un atelier d’écriture, même s’il comprend une partie théorique, n’est pas seulement un cours mais avant tout un terrain d’expérimentation. Il est donc possible que des gens possédant déjà un acquis sérieux puissent y progresser encore.
Quant à cette peur d’être empêtré dans la technique au détriment du lâcher prise, elle n’apparaît que si vous doutez trop de vous, que si vous ne faites pas assez confiance en cette certitude fondamentale que c’est vous l’artiste.
Léonard de Vinci maniait un art incroyablement pétri de techniques, tant dans sa façon de peindre que de composer sa toile. Et si certains de ses tableaux sont si forts et si intimes, c’est bien parce qu’il a assimilé en lui cette étrange alchimie entre règles et vécu. Or, je ne connais pas d’artiste plus méthodique que Léonard de Vinci !
Encore une fois, ce ne sont pas les textes qui sont scolaires : ce sont les méthodes dont il faut se méfier, en général, je veux dire. De la vôtre, vous n'en avez pas besoin. Servez-vous de votre instinct et de votre intelligence. Arrangez-vous pour nous faire oublier votre méthode, même si c'est un guide judicieux et nécessaire à vos yeux.
Comme je l’ai déjà expliqué, la méthode on doit certes l’oublier mais elle est quand même là. L’atelier d’écriture n’a pas pour vocation de reproduire les conditions d’une écriture « normale » que vous auriez seul, dans votre cuisine. C’est un atelier : on fait des expériences, on s’amuse, on joue avec les mots, les images, les formes. On se dit « Et si… » et on tente, on observe, on rate parfois. La méthode fonctionne comme un cadre à ce jeu. Vous me faites penser à un spectateur qui assisterait à un match de football non pas en observant les joueurs et en hurlant aux buts, mais en ne voyant que les règles, la délimitation du terrain, les fautes commises. Et qui dirait à qui veut l’entendre qu’on s’amuserait mieux sans ce cadre encombrant de réglementations…
LA CONTRAINTE s'impose à vous, ce n'est en aucun cas un choix.
Ce genre de phrases me fait peur… La contrainte s’impose ? Elle vient d’où si ce n’est de vous-même ? De votre instinct ? De votre inconscient ? Elle est donc un choix de votre inconscient. Or votre inconscient sait-il toujours mieux que quiconque ce qui lui convient ? Beaucoup d’auteurs en viennent à tourner à vide, par habitude (l’inconscient adore l’habitude). Si je m’écoutais, je mangerai des frites à tous les repas. C’est donc en conscience que j’essaie de varier mon alimentation. L’atelier d’écriture permet, en conscience, de goûter à d’autres plats, à titre d’essai. Après, une fois chez vous, si vous n’aimez pas les épinards, personne ne vous force à en prendre !
Une bataille à mener, une de plus. Une sorte de jeu du dégoût, de l'envie et de la certitude. Comme vous nous le faites bien comprendre : tout est une question de temps.
Vous parlez d'EXPÉRIENCE vous concernant, ne serait-ce pas plus agréable et plus juste de parler du travail, du fruit de votre expérience. C'est-à-dire de vos écrits et de vos livres.
Est-ce qu'on demande à un comédien le temps qu'il a mis pour avoir son texte en bouche ?... Non, parce que ce qui compte, c'est ce qu'il nous donne à voir et à entendre, et donc, en ce qui vous concerne, à LIRE.
On demande rarement à un comédien ses techniques, encore moins à un prestidigitateur. Or, l’art de l’écriture s’apparente à de la grande illusion. Il est inconvenant de parler technique face à des lecteurs, on brise tout ce qu’on a édifié, on met en avant tout ce qui doit rester invisible derrière le texte.
Les participants aux ateliers y viennent en tant qu’auteurs, non en tant que lecteurs. Il est certes possible de se contenter de lire, mais pourquoi se priver de donner quelques notions techniques qui, j’insiste, ne limitent pas l’élan de la créativité ?
09:30 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris, animateur
06/10/2006
> Animateur d'atelier d'écriture

Les ateliers ont démarré cette semaine : mardi et mercredi soir complets. Il reste quelques places lundi soir (atelier paroles de chanson), jeudi soir (textes brefs et nouvelles) et vendredi soir (scénario). (fin de la page de pub, vous pouvez aller sur www.ecrireici.com !)
J'ai passé du temps à lui répondre, tant pour cette personne que pour moi : ça fait du bien de "poser" sa propre pratique en mots. Puis je me suis dit qu'il serait intéressant de vous faire profiter de cela, parce qu'on se situe là en plein dans le débat habituel concernant les ateliers d'écriture. Donc, extraits :
Comme vous l'avez si justement dit : personne ne détient la science infuse.
Votre façon de voir, de concevoir et d'écrire un roman ne correspond pas du tout à la mienne.
Hier, curieusement, j'ai eu le sentiment qu'on ne se comprenait pas du tout.
Vous avez ressenti, intuitivement, que cet atelier, ou l'atelier d'écriture en général, ne correspondait pas à votre personnalité. Vous avez donc raison de ne pas poursuivre. Maintenant, les raisons que vous invoquez me semblent assez fausses...
Je le reconnais : je n'ai pas complètement joué le jeu.
Il arrive que des participants sèchent. Je les pousse alors à écrire avec des techniques de déblocage (écriture automatique, chaos créé sur la feuille "organique", etc.) Ce soir là, nous n'avions malheureusement pas le temps.
C'était la première fois que j'assistais à la présentation d'un atelier d'écriture.
Je ne voyais pas cela ainsi ; l'écriture est un travail de solitaire. L'écriture à plusieurs mains, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux.
Oui, l'écriture est en général un travail solitaire, même dans un atelier (le terme écriture à plusieurs mains est donc ici, impropre. Même moi, dans l'accompagnement en tête à tête de l'atelier roman, je ne me permets pas de "toucher" à un texte : je pose des questions, lance des pistes qui aident l'auteur à prendre de la distance.)
Dans un atelier, c'est le retour qui est collectif. Les auteurs professionnels pratiquent aussi cela, chacun, même (surtout ?) les plus grands, faisant lire son texte à d'autres personnes, en général d'autres écrivains. La distance critique vis-à-vis d'un texte est si difficile à avoir et pourtant si précieuse...
Des exercices, il en faut les partager avec les autres, c'est mettre les égos à rude épreuve.
Là, vous touchez le point névralgique de l'atelier (tel que je le pratique) : mettre son ego à la porte.
Le groupe est un appui, un support, mais aussi un regard de vérités.
C'est un petit peu comme choisir d'aimer ou de rester célibataire : l’autre nous place à la fois en situation de protection et à découvert. Le tout premier devoir de l'animateur est de s'assurer d'une "bulle d'environnement" sécurisée, de tempérer certains commentaires trop vifs, voire de virer les participants qui ne jouent pas le jeu en étant agressifs (Il y en a heureusement peu et ceux-là partent d'eux-mêmes, ne venant en général qu'une fois !)
Hier, c'était presque un concours du mot, de la phrase (des heureuses trouvailles), de l'adjectif et des adverbes en trop ; un exercice un peu scolaire.
Là, vous me faites mal ! C'est incroyable de voir à quel point on peut être incompris. Il n'y a aucune compétition à celui qui écrit le plus loin. Si cet enjeu existe dans la tête d'un participant, cela désamorce illico son écriture. Je ne distribue pas de bons points !
Cela dit, pour le côté "scolaire" :
- On peut tout à fait écrire sans aucune formation. Mais cela implique qu'il faille apprendre les bases instinctivement, sur le tas. C'est long et aléatoire. Un peintre qui ne réalise pas que la couleur jaune, visuellement, passe toujours devant la bleue, un comédien qui ne sait pas placer sa voix dans son ventre, devra être doté d'un sacré sens de l'observation. Et encore...
- Les premiers ateliers font passer, en effet, pas mal de notions essentielles (comment éviter la surcharge, les points d'appuis d'une phrase, le détail vrai, la visualisation d'une scène...) Par la suite, l'animateur parle beaucoup moins et les auteurs écrivent plus !
Cela dit, la démarche s'accompagne toujours d'un vécu émotionnel fort qui permet, justement, de ne pas écrire de textes "scolaires". A cet atelier, j'ai lu des extraits de débuts de romans qui véhiculaient des émotions et qui amorçaient les imaginaires. Je n'ai pas eu le sentiment que les textes produits étaient scolaires, au contraire !
- La contrainte est vitale à l'épanouissement créatif. Qu'elle soit consciente (Perec et l'OuLiPo) ou inconsciente. Tous les auteurs se fixent, à des degrés divers, leurs propres contraintes (choix de registre, unité de lieu, point de vue, style de phrases, etc.) Les contraintes sont comme des points de repère, des aimants à la matière créative.
- D'autres ateliers, sur d'autres thèmes, seront moins "scolaires". Par exemple, quand il s'agira d'aller puiser des sujets personnels forts, les déclencheurs viseront à créer un chaos créatif qui se souciera peu de la place de l'adjectif ! Cela dit, si j'avais commencé l'année avec un atelier de ce type, combien de participants se seraient dit qu'ils n'apprendraient rien au niveau du style ?
À moins de concevoir un travail voire exercice à quatre mains dès le départ, sinon, un exercice ça se corrige en tête-à-tête avec le maître d'oeuvre, c'est-à-dire : Vous, Sébastien Bonifas.
Au secours, je ne suis pas le maître d'oeuvre !!! J'ai parlé d'accompagnement. J'ai dit que je tenais à ce que vous écriviez chacun votre histoire à vous, suivant votre style. Mon travail consiste seulement en un regard distancié et en la passation d'outils de travail. J'ai, la plupart du temps, plus d'expérience que les participants. Mais à supposer qu'un grand auteur passe la porte de mon atelier, il y trouverait matière à progresser, pour les simples raisons que j'apporte un autre regard que le sien, et que je peux lui montrer d'autres pistes.
J’accompagne, je ne participe pas. Métaphoriquement, la tâche de l'animateur est similaire à celle d'un psychologue : tout le travail, la matière, le vécu, la démarche, l'appropriation, viennent du participant.
En deux heures de temps, comment voulez-vous être plus loquace avec les uns et les autres. Vous dites que c'est possible. Et je pense que non, que vous ne changerez rien à l'affaire, à cause du manque de temps.
On en vient rapidement à faire le tour des "bases" de l'écriture. Ensuite, il est hors de question que je passe dix minutes, chaque soir, avec chaque participant ! Les retours sont parfois très rapides, parfois juste annotés sur une feuille, quand ils n'apportent rien de spécial au groupe. Et puis, fréquemment, il arrive de passer un quart d'heure sur un texte, parce qu'il lève des points intéressants pour le groupe, voire de prendre la production comme pré-texte à un nouveau jeu d'écriture.
Votre remarque fait suite, je crois, à l'idée fausse que je serais une sorte de co-auteur (ce qui nécessite, en effet, beaucoup de temps). Vous n'êtes pas des enfants, vous êtes responsable de vos écrits, de la progression de votre roman. Passer plus de temps avec chacun limiterait cette prise en main personnelle. J'ai dit que l'atelier roman était comme une sorte de randonnée. Il est bon que vous la fassiez seul et non à côté d'un guide qui vous gâcherait le paysage et votre sens de l'initiative. Non, le guide ne débarque que quand vous le souhaitez, et pour un court moment...
10:55 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris, animateur
12/09/2006
> Règles pour écrire un best seller
Vive le produit commercial (du moment qu'il coexiste avec l'artistique sans l'étouffer)
Les intellectuels de notre pays n'aiment pas, en général, la culture de masse. Ils avouent avoir lu le Da Vinci Code mais dénigrent un peu du bout des lèvres. Comme si leur cerveau n'était apte qu'à apprécier l'Art avec un grand Ah ! Or ils en consomment, du produit marketing ; ils sont même une cible publicitaire particulière, avec ses codes et ses usages...
S'il est vrai que Vivaldi est, d'un point de vue artistique, supérieur à Madonna, écouter cette dernière me file plus facilement la pèche... Manger dans un grand restaurant ne m'empêche pas d'apprécier aussi les pizzas. Après, faire passer l'un pour l'autre est une simple maneuvre publicitaire. Le seul problème pourrait venir d'un marché uniforme, qui ne proposerait que des produits grand public. Or, même s'il est difficile de trouver un film intéressant à l'affiche d'un multiplex de province, ce n'est pas encore le cas partout et dans toutes les branches artistiques.
L'artisanat : de la personnalité dans du commercial
La différence semble marquée : un produit commercial est créé pour toucher un maximum de gens là où un produit artistique est créé pour toucher avant tout son propre créateur et les gens partageant son type de sensibilité. Pourtant, le problème se corse quand on considère que nous nous trouvons souvent dans un produit à la frontière artistique/commercial. On ne peut nier que Rowling ou King font partie des artisans virtuoses. Ceux-là connaissent et appliquent à la fois les règles de composition artistiques classiques et celles du best-seller, un exercice périlleux de figures imposées où ils arrivent tout de même à livrer un peu d'eux-mêmes.
Donc, de l'Artisanat avec un grand A.
La recette du best seller, pour le pire ou le meilleur
L'article d'hier me pousse à vous livrer un texte amusant, une sorte de recette de cuisine pour créer un best-seller. Je pense que ces règles, complétées par d'autres, peuvent en effet produire des oeuvres intéressantes s'il s'y glisse un peu d'âme et de génie. Appliquées dans la plupart des superproductions américaines, elles restent malheureusement souvent une écorce vide.
Je rappelle que les anciens appliquaient les règles des trois unités, qui peuvent sembler, à priori, tout aussi absudes.
L'extrait est tiré du livre de Lisa Rogak, L'homme derrière le Da Vinci Code. Il expose ainsi les 7 points forts que Dan Brown dit avoir tirés du livre d'Albert Zuckerman :
1. Le cadre, le cadre, le cadre : proposez à vos lecteurs d'explorer de nouveaux univers.
2. Construction des scènes : maintenez le rythme de votre intrigue.
3. Une seule question dramatique : bâtissez votre roman sur une fondation unique.
4. Créez des tensions grâce à trois facteurs :
- le temps : reliez l'action à une horloge.
- la souffrance : celle de vos personnages à mesure que l'intrigue s'embrase.
- et le contrat : faites des promesses à vos lecteurs et tenez les.
5. Détails : apprenez avant d'enseigner. Faites des recherches, des recherches, encore et toujours des recherches.
6. Distribution de l'information : dispensez-la par petites touches.
7. Révision : l'étape la plus amusante. Après avoir écrit votre premier jet, revenez dessus et jouez avec.
Petite parenthèse : Personnellement, je n'ai pas trop aimé le Da Vinci Code, aux personnages creux, à l'histoire tirée par les cheveux et ramassis d'un tas de théories mélangeant le pire et le meilleur, l'essentiel venant du livre L'Enigme Sacrée. Comme quoi, suivre les règles ne suffit pas toujours pour emporter le lecteur...
11:15 Publié dans Ateliers d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : règles, best seller, albert zuckerman, da vinci code, dan brown















