19/06/2005

> Impact de la littérature sur la vie amoureuse des garçons : 0

La chronique de Superluciole, sur citrouille.net, porte sur
« Quel impact la littérature a t-elle sur la vie amoureuse (en particulier des adolescentes) ? »
et je ne résiste pas au plaisir de vous la citer :
« On pourrait presque tirer de certains livres des conseils à suivre (rester mystérieuse... le laisser mijoter quelques temps avant de le rappeler...) Bref, un roman d'amour est pour ces filles là ce que le livre de cuisine est au cuisinier. On connaît la recette du gâteau mais mieux vaut vérifier les quantités d'ingrédients.
C'est pour les timides que cela se corse. Aimer leur paraît merveilleux mais inaccessible, et si elles ne peuvent le vivre elles-mêmes, elles le vivent au travers de personnages de fiction. […] On peut donc conclure avec cette même phrase apposée au bas des publicités pour l'alcool : A CONSOMMER AVEC MODERATION. »

Voici ma réaction :
Suite à votre article, je me creuse la tête à la recherche de mes propres lectures adolescentes. J’avoue qu’en tant que représentant mâle de l’espèce, j’aurais bien voulu y trouver quelques romans d’amour ou, en tout cas, comportant un peu d’amour. Je me souviens, bien sûr, avoir lu en cachette des histoires érotiques (un gros volume réfugié en haut de la bibliothèque parentale. Je remplaçais par un autre livre pour ne pas qu’ils voient le trou…) mais avoir été marqué par un récit d’amour ? J’en ai sûrement lu, notamment dans des Je Bouquine, mais pas au point de m’en rappeler. Ah si… l’étude de Madame Bovary, en seconde. Comme à peu près tous les boutonneux de ma classe j’avais trouvé ça particulièrement ch…
Les filles, à cette époque là, étaient d’étranges animaux décorés. Mes lectures m’apportaient rêve et aventure. Les filles y étaient des personnages secondaires, au mieux des récompenses de fin d’histoire.

En écrivant ce message, j’ai conscience de verser dans un cliché masculin et croyez-bien que j’en suis navré ! D’autant plus que j’en arrive à cette conclusion qu’en dehors des livres pochettes-surprises (bleus pour les garçons, roses pour les filles), dans les romans visant les deux sexes (la majorité), chacun va apprécier des éléments vraiment différents. Cela me fait peur de par la démarche inconsciente de création que cela induit chez l’auteur et la facilité qu’il aura à basculer dans le stéréotype culturel.
Ainsi, dans mon premier roman jeunesse – pas encore publié, je touche du bois ! – j’ai, tout à fait inconsciemment, choisi de mêler une histoire de fille (l’héroïne, Laura, veut une veste Bluestar pour être acceptée dans sa bande de copines) et des péripéties de garçon (Yaol, un être minuscule, gardien de troupeau d’acariens sur la veste de Laura, lutte pour la survie de son peuple).
Je nuancerais mon propos par une réflexion d’observation, mais qui n’engage que moi : les filles s’approprient beaucoup plus facilement les univers de garçon que le contraire. Ayant animé des ateliers d’écriture dans des classes de quatrième, j’ai remarqué que beaucoup de demoiselles avaient choisi des scènes d’action, parfois même violentes, et sans pour autant être des garçons manqués !

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Pour partir sur une autre piste, je remarque que l’enseignement du Français au collège élude cette question essentielle de l’identification, de cette appropriation du roman dans son être intime. Un cours donné sur le romantisme en troisième a été, à ce titre, une découverte pour moi. A la question « Qu’est-ce que le romantisme ? » aucun n’a levé la main. J’ai donc reformulé :
– Qu’est-ce que c’est quelqu’un de romantique ?
– C’est quand on offre des fleurs à la Saint Valentin !
– Tu peux être un peu plus précis ? Qui offre des fleurs à la Saint Valentin ?
– Les garçons, Monsieur.
– Donc, il n’y a que les garçons de romantiques ?
– Non, c’est surtout les filles. (Réponse d’un garçon ! Rire général)
– Alors, que fait une fille romantique ?
– Elle rêve du prince charmant.
Progressivement, je parle d’amour impossible, de passion, et du plaisir des romantiques à se faire du mal. J’évoque même l’alternative d’un amour au quotidien, plus équilibré. Ensuite viendra l’analyse d’On ne badine pas avec l’amour, la figure d’accumulation « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards… » et toute l’armada rhétorique.
Loin de moi l’idée de revenir aux considérations psychologico-morales des Lagarde et Michard, mais pourquoi ne pas inscrire le vécu sensible du lecteur plus au centre de l’enseignement littéraire ?

Après avoir rédigé ce message et cherchant qui est la lumineuse Superluciole, je tombe sur son site et découvre qu’elle a… 16 ans ! Tout de suite, ça rend humble…
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